DOSSIER HEBDO 3: Corridors de transport en Afrique : booster le développement et les échanges commerciaux

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    Les projets de corridors se concrétisent un peu partout sur le continent africain. Depuis les années 2010, avec une forte implication des acteurs locaux et internationaux à travers le PIDA (Programme de Développement des Infrastructures en Afrique), la modernisation des corridors multimodaux s’accélère en Afrique. Cela passe par la construction, la réhabilitation et l’interconnexion pour répondre aux enjeux d’internationalisation des échanges commerciaux.

     

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    Ref: ONRI.1/PIDA/2010/04

     

    La croissance démographique de l'Afrique, le développement des économies et des échanges auront d’ici 2040, pour effets conjoints d'accroître la demande aux niveaux régional et continental dans les domaines des transports de fret, des installations portuaires et des transports aériens de voyageurs. Les corridors, axes routiers, ferroviaires ou fluviaux desservant   des villes ou des ports et où se concentrent desactivités économiques, se dessinent un peu partout en Afrique. L’intérêt est évident lorsque l’on sait qu’en Afrique, les coûts de transport dans les pays enclavés peuvent atteindre 77 % de la valeur des biens exportés selon la Banque mondiale. Le taux d'accès aux routes goudronnées n'y est que de 34% sur le continent africain, alors qu'il est de 50% dans d'autres régions du monde en développement. Par conséquent, le commerce intra-africain se situe autour de 12 % des échanges du Continent, contre 60 % en Europe, 40 % en l'Amérique du Nord et 30 % dans l’Association des Nations d'Asie du Sud-Est (l'ANASE).

    Les estimations actuelles indiquent que le volume des échanges en Afrique subsaharienne devrait plus que tripler, en passant de 102,6 millions de tonnes en 2009 à 384,0 millions de tonnes en 2030, si les corridors commerciaux sont achevés.  En outre, le développement de corridors ferroviaires aura un impact substantiel sur le commerce intra-régional, et les échanges entre pays africains devraient passer de 35 millions de tonnes en 2009 à 120,4 millions de tonnes en 2030.

     

    L’UA, premier promoteur de l’amélioration des corridors pour l’intégration économique Africaine

    Route Bamako - Narena du corridor Bamako – Conakry source : La BAD

    En Afrique, 15 des 54 pays ne disposent pas de littoral et sont dit enclavés. Ainsi, depuis 2010, l’Union Africaine, à travers l’adoption du (PIDA), a enclenché le processus d’amélioration des Corridors pour booster la compétitivité de l'Afrique sur le marché mondial. Les pays enclavés, sont désavantagé en termes d’accès aux marchés internationaux. Les distances aux ports maritimes sont longues.

    De ce fait, les coûts de logistique sont très élevés. Ces tarifs élevés augmentent le coût des importations et sapent la compétitivité des exportations.

     

     

     

    Ainsi, Pour servir efficacement de support aux échanges internationaux, le Bureau du Haut-Représentant pour les pays en développement sans littoral à travers le Plan d’Action d’Almaty prévoit le développement de tous les systèmes de transit efficaces pour ces pays. La vision du PIDA pour le transport consiste à travailler à « un continent intégré où les infrastructures et services de transport permettent la libre circulation des marchandises et de passagers par le développement des corridors modernes, y compris les ports passerelle et les services de transport aérien, en portant les performances des composants de ARTIN (Réseau Africain d'Infrastructures Régionales de Transport) au niveau des meilleures pratiques mondiales en matière d'efficacité, de coût, de fiabilité et de sécurité ».

     

    Les corridors de la croissance de l'Afrique : l'ARTIN en 2009 et en 2040

     

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    Ces corridors africains doivent connecter, avec des itinéraires directs, toutes les capitales de l’Afrique, améliorer les installations du transport routier et contribuer à l’intégration économique du continent africain. La modernisation des corridors africains doit respecter les normes modernes et internationales. Il s’agit pour la route : la taille des voies routières, la route de contournement des villes et des villages principaux, la troisième voie ascendante lorsque la route est plus 3% d’inclinaison, les aires de stationnement telles que les accotements/Aires de stationnement des camions ou les centres d’inspections juxtaposés principalement aménagés par le secteur privé. Pour les rails : le gabarit, la taille du passage, les voies d’embranchement particulier ; la capacité ferroviaire (la qualité du matériel roulant à savoir les locomotives, les wagons etc.). Pour les ports : capacité (et équipement pour le temps d’arrêt), structures de chargement et déchargement des conteneurs, dépôts intérieurs de conteneurs.

    Cette situation est perceptible par zones géographiques (Afrique australe, Afrique centrale, Afrique de l’est et Afrique de l’ouest, Afrique du Nord) et s’entremêle entre Communautés Economiques Régionales (CER).

     

    La modernisation des corridors africains passe par la réhabilitation et la construction de routes, autoroutes, un réseau ferroviaire, le développement des TIC et l’intégration

     

    Selon Anca C. Dumitrescu, spécialiste des transports et gestionnaire de projet corridor côtier Abidjan-Lagosà la Banque Mondiale, « malgré le fait que les corridors permettent de connecter port-rail-route en Afrique de l’Ouest, représentant environ 6% du PIB de la région, le volume des échanges intra-CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) reste encore limité ». Pour palier ces manques, depuis mars 2010, le Programme régional de facilitation du commerce et du transport du corridor connait un dynamisme. A titre illustratif, la construction en cours depuis 2012 du corridor Abidjan-Lagos qui couvre 2/3 du transport et du commerce de transit dans la CEDEAO constitue la principale voie d’accès aux pays côtiers et enclavés d’Afrique de l’Ouest. Le corridor Abidjan-Lagos deviendrait à long terme un catalyseur pour la croissance économique et l'intégration régionale en Afrique de l’Ouest. A cela, il faut ajouter la modernisation des corridors multimodaux Dakar-Niamey, Praia- Dakar- Abidjan et Abidjan-Ouagadougou /Bamako.

    Central Corridor.pngEn Afrique australe et orientale, le modèle des corridors de développement s’appuie sur des transports multimodaux, route et voie ferrée, devant remplir des fonctions complémentaires, notamment dans la répartition du fret, la lenteur du transport ferroviaire étant compensée par un coût plus faible que celui du transport routier. Ainsi, les corridors sont des outils d’intégration régionale et de désenclavement. C’est dans cet élan que la Banque Mondiale a déboursé 600 millions de dollars en 2017 pour appuyer le projet régional sur la construction des infrastructures de transport maritime pour le « corridor central » à travers le lac Tanganyika.

     

     

     

    Source :CCTTFA Official Map

    Ce projet devra réduire de 40% le coût de transport des marchandises transitant par ce corridor, à en croire Libérât Bapfumukeko, secrétaire général de la Communauté Est-Africaine (CEA).
    Parallèlement, un projet impliquant Djibouti qui rêve de devenir la porte d’entrée d’Afrique  de l’Est consiste à construire huit corridors la reliant au
    Kenya, au Sud-Soudan et au Soudan
    avec un investissement de 900 millions d’USD en 2017. L’ambition serait de réaliser un jour la liaison de la mer
    Rouge à l’océan Atlantique par le rail (Djibouti-Cameroun).
    En Afrique australe, la reconstruction économique du Mozambique et son intégration régionale s’appuient sur trois corridors.
    Le corridor nord relie par voie ferrée le Malawi au port de Nacala. Le corridor de Beira, comprenant route, voie ferrée et oléoduc, est la
    principale
    ouverture océanique du Zimbabwe. Les autorités de l’Afrique centrale, misent aussi beaucoup sur la modernisation des corridors multimodaux comme
    le corridor Kribi-Bangui-Kisangani (route-rail-fleuve). La mesure de l’efficacité des corridors de transit est perçue à travers l’organisation du système
    de transport tant pour le commerce international du Cameroun que pour les pays enclavés de la sous région CEMAC (Communauté économique et
    monétaire de l'Afrique centrale
    ). Cependant, il convient de noter que l'Afrique centrale accuse  un retard considérable dans la mise en place de
    corridors moderne.
    La modernisation du corridor trans-maghrébin vise le développement du commerce intra-africain

    L'Afrique du Nord dispose actuellement d’un système d’infrastructures de transport régional relativement satisfaisant.

    Les objectif à long terme (2040) du PIDA pour l’Afrique du Nord se déclinent sur trois axes: la modernisation du réseau existant, combler le déficit de capacité pour répondre à la demande future, et l'achèvement des tronçons manquants des autoroutes transafricaines (TAHs). Il s’agit de renforcer les échanges entre les pays du Maghreb à travers l’atténuation des barrières artificielles au commerce entre les pays de la région et ceux des CERs voisines (CEDAO, CENSAD, voir CEEAC) dans le cadre de la mise en place d’un système Smart Corridor le long de toute l'infrastructure.

    Les « SMART Corridors », un maillon fort du développement de la logistique dans le transport des marchandises en Afrique

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    Teravaninthorn, Directrice sectorielle pour les transports en Afrique, à la Banque Mondiale, « les coûts de transport, notamment dans les pays africains enclavés, représentent entre 15 % et 20 % des coûts d’importation. Ils sont à peu près deux à trois fois plus élevés que dans la plupart des pays développés ». Le coût élevé de la logistique en raison de la capacité limitée des infrastructures et de douanes inefficaces ou de trop lourdes formalités transfrontalières entrave le développement économique et social en Afrique. De ce fait, MoveAfrica lancé en 2016 par le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique), vise à identifier et à aligner les questions d'infrastructure « smart» pour réduire les coûts de transport le long des corridors et pour promouvoir une approche multi-sectorielle et globale pour le développement du corridor. Ainsi, les systèmes de postes frontaliers à guichet unique OSBP (One-Stop Border Posts) en Afrique de l’Est et Australe et postes frontaliers conjoints (JBP) en Afrique de l’Ouest sont introduits à travers l'Afrique. Ainsi, le PIDA a recommandé que tous les corridors de transport en Afrique soient transformés en smart corridors afin de réduire ce coût.Il s’agit aussi de conformer les corridors multimodaux aux normes modernes : mettre en place les régimes régionaux de garantie douanière, documents douaniers harmonisés, partage des informations douanières, interconnexion des systèmes douaniers et opérateurs économiques agréés (OEA) et l’installation des systèmes de traçabilité électronique des marchandises (ECTS) le long du corridor. La vision du PAP à l’horizon 2025 pour les corridors est de transformer 25 corridors de transport sur un total de 47 corridors en Afrique en smart corridors. https://openlab.michelin.com/docs/DOC-4993-dossier-transport-de-fret-l-afrique-vers-une-interconnexion-des-syst%C3%A8mes-informatiques-douaniers

    En somme, la construction des corridors se présente comme une tendance lourde depuis ces dix dernières années avec des changements majeurs : les installations portuaires se sont développées, les terminaux à conteneurs ont été mis en concession, les administrations douanières ont été restructurées et informatisées, etc. Le PIDA (Programme de Développement des Infrastructures en Afrique) promeut des projets d’ensemble pour le continent, à commencer par la modernisation des corridors multimodaux. C’est toute une dynamique d’intégration et d’interconnexion des territoires qui s’accélère aujourd’hui.

     

     

    FICHE DESCRIPTIVE :

    AUTEUR : Aurélie KOUASSI

    STATUT : Web journaliste

    DATE DE PARUTION : 10-04-2018

    TYPE : Dossier

    N° : 03-2018

    SOURCES :

    https://au.int/sites/default/files/newsevents/workingdocuments/31372-wd-final_draft_report_on_corridor_assessment_and_ranking_for_selecting_a_psc_fr.pdf file:///C:/Users/hp/Downloads/Trad_MoveAfrica_030516.pdf

     

    http://journals.openedition.org/belgeo/11266

     

    http://www.jeuneafrique.com/140321/archives-thematique/transport-les-corridors-maillon-fort-du-d-veloppement/

     

    https://www.ssatp.org/sites/ssatp/files/pdfs/04_07_banque_mondiale_corridors.pdf

     

    http://projects.worldbank.org/P079749/west-africa-regional-transport-transit-facilitation-project?lang=fr&tab=overview

     

    http://www.logistiqueconseil.org/Articles/Transport-routier/Convention-corridor-transit.htm

     

    https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/AfDB_-_Facilitation_du_transport_en_Afrique_de_l_Ouest.pdf

     

    http://fr.reingex.com/Afrique-Corridors.shtml

     

    file:///C:/Users/hp/Downloads/Situation_des_transports_en_Afrique.pdf

     

    https://www.ssatp.org/sites/ssatp/files/publications/SSATPWP98-Observatory-Guidelines_fr_0.pdf

     

    https://www.financialafrik.com/2017/11/02/la-banque-mondiale-financera-la-construction-dun-corridor-central-en-afrique-de-lest/

     

    file:///C:/Users/hp/Downloads/Edition2016-Les-transports-en-Afrique-Enjeux-et-perspectives.pdf

     

    http://www.cgeci.org/cgeci/index.php?option=com_content&view=article&id=515:axe-abidjan-lagos&catid=46:douanes-et-integration-regionale

     

    https://www.aisre.it/images/naples_2013/15_Chabani.pdf

     

    http://www.jeuneafrique.com/mag/316753/economie/infrastructures-corridors-africains-valent-de-lor/

     

    https://assets.publishing.service.gov.uk/.../Topic_Guide_Development_Corridors.pdf

     

    unohrlls.org/custom-content/uploads/2017/.../AFRICA-REGION-REPORT-7-June.pdf

     

    http://www.comesa.int/

     

    https://www.trademarkea.com/projects/one-stop-border-post-at-busia-kenyauganda/

     

    https://www.eac.int/

     

    http://www.monitor.co.ug/Business/Prosper/Electronic-single-window-eases-business-traders/688616-4256136-format-xhtml-ksuo93z/index.html

     

    https://www.trademarkea.com/blog/single-customs-territory/

     

    http://www.sadc.int/