DOSSIER HEBDO 4:  CHARGE A L'ESSIEU : Charge à l’essieu : Un défi majeur à relever pour l’Afrique

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    Dans un contexte d’augmentation des volumes de fret transporté de 5 à 7% par an sur le continent, la surcharge à l’essieu est identifiée comme à l’origine de la dégradation des routes en Afrique en général. Malgré l’adoption ces deux dernières décennies de réglementations de contrôle de la charge à l’essieu dans la plupart des CERs, ce n’est que récemment que les pays africains ont compris la nécessité d’un contrôle strict des réglementations. Pour s’inscrire dans le concept de l’émergence économique qui intègre un transport durable (Infrastructures, etc.), que se sont assigné les pays Africains, le contrôle efficace de la charge à l’essieu constitue un grand défi à relever. Les conséquences de la surcharge à l’essieu ont pour nom : dégradation précoce et accélérée des routes, mortalité routière, coûts de transports élevés en Afrique.

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    La route joue un rôle primordial dans les échanges, supportant 90% des déplacements de personnes et de marchandises et représentant plus de 10% du PIB. Bien qu'il y ait peu de données disponibles sur les volumes transportés, on estime que ces derniers augmentent de 5% à 7% chaque année. Ces routes sont pourtant très malmenées. En effet, sur le continent, des routes prévues pour durer 15-20 ans sont totalement détériorées après 5-7 ans du fait de camions surchargés et du manque d'entretien régulier. Pour impulser une dynamique de développement à l’échelle de tous les pays mais aussi favoriser les échanges commerciaux tant internes qu’externes, les pays africains ont besoin de routes en bon état. C’est tout l’enjeu du respect de la réglementation liée à la charge à l’essieu en Afrique.

    La charge à l’essieu, ou charge par essieu, est la charge maximale qui peut être admise sur chaque essieu d’un véhicule donné en fonction des caractéristiques de l’infrastructure de transport.

     

     

    Cette charge dépend du poids total du véhicule, du nombre d’essieux et de la disposition de ceux-ci sur la longueur du véhicule. Cette notion est importante pour la maintenance des réseaux de transport terrestres, tant routiers que ferroviaires et fait généralement l’objet de réglementations.

    Ainsi, depuis les années 2000, à travers les différentes CERs, les pays africains se sont engagés dans l’adoption de réglementations pour lutter contre le non respect de la charge à l’essieu. Il s’agit d’harmoniser les normes et les procédures du contrôle du gabarit, du poids et de la charge à l’essieu des véhicules de transport de marchandises dans les Etats membres.

    Malgré une multitude de décisions et recommandations adoptées par les communautés, la pratique des surcharges reste un phénomène courant sur le continent. Et, la mise en œuvre effective des contrôles est restée lettre morte jusqu’en 2009. Les conséquences sont encore flagrantes mais une nouvelle tendance est en cours en faveur de l’application des normes de la charge à l’essieu.

     

          Camion surchargé

     

     

    La détérioration des routes, un facteur explicatif de l’effort de mise en application de la réglementation sur la charge à l’essieu

     

    Au Burkina, lors d’une campagne d’observation conduite mi-2007 par SITRASS, 62 % des véhicules pesés sur la RN5 (sur le corridor Ouagadougou-Tema) ont été observés en surcharge, avec un dépassement moyen de 60 %.

    SITRASS : Solidarité Internationale sur les Transports et la Recherche en Afrique Sub-saharienne

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    L’étude SITRASS sur l’impact des surcharges montre que pour ce pays, les besoins actuels de financement pour maintenir le réseau routier avec les surcharges constatées s’élèvent à 61 milliards FCFA (93 millions d’euros) par an, tandis qu’avec le respect des charges à l’essieu, les besoins seraient réduits de plus de moitié à 31 milliards FCFA (47 millions d’euros).

    La surcharge à l’essieu coûte 45 milliards de FCFA(70 millions €) annuellement à l’Etat du Sénégal,selon une étude réalisée par la Direction des routes et citée par le secrétaire général du ministère des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, Aubin Jules Sagna. Au moins, 50 % des poids lourds qui circulent au Sénégal dépassent largement les limites réglementaires de la charge à l’essieu.

     

    Selon Nicholus Kithinji, directeur général d'Avery East Africa (AEA), un important fournisseur de ponts bascule au Kenya, «La principale cause de détérioration des routes est la surcharge.

    Elle coûte ainsi des centaines de millions de shillings dans la détérioration de la route. Un camion qui est chargé 10% de plus qu'il ne devrait cause 50% de plus de dommages sur la route qu'un camion conforme. En 2015, 92 milliards de shillings kenyans (900 millions de dollars) ont été utilisés pour l'entretien des routes (au Kenya) ».

     

     

     

    Fort de ce constat alarmant, les dispositions, qui n’étaient jusque-là que théoriques, ont commencé à être mises en application au milieu de l’année 2009, pour répondre à des impératifs de sécurité routière, et surtout de préservation des infrastructures.Selon M. Sagna : « Il y a donc urgence à agir, car si ces niveaux de surcharge se maintenaient, la durée de vie de bon nombre de routes en Afrique va être drastiquement réduite de 15 à 5 voire trois ans » au vu d’une progression de 5 % à 7 % par an du fret, due à la croissance des importations et d’autant plus que pendant le même moment, les partenaires au développement (EU, JICA, BAD) essaient d’accompagner les pays dans la voie du développement.

     

    En Afrique de l’Ouest, l’application des réglementations de la charge à l’essieu passe par la sensibilisation, la répression et la mise en place des stations de pesage moderne

     

    En Afrique de l’Ouest, l’on assiste de plus en plus à un recadrage des États membres des communautés CEDEAO et l’UEMOA à la charge à l’essieu. Le Niger est le premier pays à avoir contrôlé et sanctionné les camions en surcharge qui entraient sur son territoire. Le Ghana a pris la décision de contrôler les charges à l’essieu de manière préventive dans les ports de Tema et Takoradi, pour éviter le blocage des camions par les autres pays. Au Sénégal, un montant global de 80 Millions CFA (120 000 €) est affecté au financement des activités liées au contrôle de la charge à l’essieu: il s’agit de campagnes de sensibilisation, acquisition de logiciels dédiés à l’analyse et au suivi des données du pesage  et audit du contrat de concession pour le contrôle de la charge à l’essieu.

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    En Côte d’Ivoire, le Port Autonome d’Abidjan, par l’intermédiaire d’Abidjan terminal, s’est doté d’un système de pèse essieu, depuis le 1er Avril 2017, conformément aux dispositions du règlement N°14/2005/UEMOA obligeant « le contrôle des charges à l’essieu, à toutes les plates-formes manipulant plus de 200 mille tonnes de marchandises ». Ce pèse essieu qui fonctionne avec un moniteur chargé de la délivrance des tickets de pesée, est un système de pesage à lourdes charges de camion, remorques, voitures, tracteurs, etc., ultra-robustes, maniables, affichant dans un système électronique, le poids par pneumatique, ainsi que le poids total.(Voirhttps://openlab.michelin.com/message/7031-le-contr%C3%B4le-technique-en-c%C3%B4te-divoire-technical-inspection-in-c%C3%B4te-divoire)

     

    Au total, tous les pays sont entrés depuis 2016 dansla phase active de répression contre les charges excédentaires. Conformément au Règlement 14 de l'Union (R14), il est fixé une amende de 20 000 CFA/tonne supplémentaire en transport interne et de 60 000 CFA/supplémentaire pour le transport international.

    Afrique Pesage, une société incontournable du Contrôle de la charge à l’essieu en Afrique de l’Ouest

    Le groupe Afrique pesage, structure créée pour répondre aux besoins de l’Afrique en matière de qualité de contrôle de la surcharge routière et de la surcharge par essieux est présente dans les pays de la CEDEAO depuis 2012. En guise de solution, cette société propose un système de contrôle de charge à l’essieu préventif, répressif et dissuasif de la surcharge routière, donnant lieu à la perception de taxes sur le kilo de surcharge, sous la forme d’un contrat de concession ou d’affermage. La mise en place de ce nouveau dispositif de contrôle des surcharges, répond aux exigences de la directive n° 14. Dans ce cadre,plusieurs stations de contrôle de la charge à l’essieu moderne sont construites sur les corridors dans les pays membres.

     

    Afrique pesage S A Sénégal

     

     

    Afrique Centrale : Le CEMA peine à faire appliquer la loi de respect de la charge à l’essieu aux usagers

     

    En dépit de la construction de quelques stations à pesage ces dernières années sur les routes au Cameroun et en RDC, cette région du continent connait de nombreuses résistances à son application. Du fait d’un contrôle défaillant, le patrimoine routier est mis en péril. Au regard d'un certain nombre d'insuffisances relevées sur les systèmes mécaniques actuels, une étude a été réalisée pour identifier des actions à mener prenant en compte les avancées technologiques afin d'opérer une automatisation complète des systèmes de pesage routier. Pour le Fond d’Entretien Routier Camerounais, il faut impérativement automatiser la collecte des recettes dans les postes de péage et les stations de pesage du pays, et arrimer le paiement de la taxe à l’essieu et à l’achat de la vignette automobile si le gouvernement ambitionne de réaliser son vœu de porter la portion du réseau routier national bitumé de 10% actuellement à 17% d’ici à l’année 2020.

     

    L’Afrique Orientale et Australe (CAE, la SADC et le COMESA) : vers une nouvelle approche du contrôle de la surcharge des véhicules

     

    La question de la surcharge des véhicules et l’urgente nécessité de son contrôle efficace font l’objet d’un examen par les communautés économiques régionales (CER) de la CAE, du COMESA et de la SADC – conjointement et désormais désignées région tripartite – depuis plus de deux décennies. Sur la base des consultations approfondies avec une section transversale des acteurs des secteurs public et privé dans la région tripartite en 2011, une stratégie de réforme pour le contrôle de la surcharge des véhicules a vu le jour à travers le Projet de facilitation du commerce et du transport de la CAE (EATTFP). Cette initiative, qui est coordonnée par la CAE pour le compte de l’alliance tripartite EAC/COMESA/ SADC, a abouti à la réalisation de l'Etude pour l'harmonisation du contrôle de la surcharge des véhicules dans la Communauté de l’Afrique de l’Est en août 2011. Les recommandations de l'étude ont été adoptées par tous les Etats partenaires de la CAE lors d'une réunion tripartite tenue à Nairobi du 17 au 19 août 2011 et elles constituent un grand pas en avant vers une plus large harmonisation régionale du contrôle de la surcharge des véhicules dans la région de l'ESA.

    Les principaux aspects de cette nouvelle approche du contrôle de la surcharge promulguées dans la région de l'ESA comprennent: un déploiement stratégique des postes de pesage le long des corridors régionaux en utilisant des équipements de pesage adaptés et à haute vitesse (pesage dynamique en combinaison avec le pesage statique, la mise en réseau électronique des postes de pesage à un poste central de contrôle pour la surveillance de divers aspects du contrôle de la surcharge, notamment la comparaison des résultats entre les postes de pesage et l'analyse des données des séries chronologiques pour détecter tout écart lié à une fraude.

    Dans la région Maghrébine, le Maroc met en place des Radars contre la surcharge des camions

     

         Panneau radar double sens  http://aujourdhui.ma/automobile/radars-contre-la-surcharge-des-camions-troncons-et-des-feux-rouges-la-tutelle-renforce-le-controle-routier

     

    La lutte contre la surcharge des poids lourds est l’une des priorités du ministère du transport du Maroc.Pour réaliser des contrôles efficaces, il existe actuellement cinq stations fixes de pesage des camions au niveau national. Celles-ci sont implantées sur les axes principaux de trafic entre les centres émetteurs et récepteurs de marchandises. Le mode opératoire consiste en une présélection des camions qui sont en surcharge. Sur la chaussée, il y a des capteurs qui pèsent de manière approximative le poids du véhicule. Quand il y a dépassement d’un seuil autorisé, il est automatiquement signalé aux contrôleurs qui interceptent le camion. L’on procède alors à un pesage précis.

    L’infraction est double lorsque le poids total du véhicule dépasse le seuil fixé et lorsque la charge est mal répartie. Il existe également des stations dites « mobiles». Le ministère dispose actuellement de 50 bascules mobiles.

     

    Soutenus ces dernières années par des partenaires techniques (EU, BAD), les stratégies de contrôle de la charge à l’essieu dans le transport des marchandises se mettent en place dans les CERs. Il s’agit d’harmonisation des normes, de l’installation des stations de pesages modernes, des campagnes de sensibilisation et des répressions avec les pénalités. Malgré les inerties observées dans certaines régions comme la CEMAC, la lutte active contre la surcharge constitue une tendance émergente dans la plupart des pays du continent ; ce qui augure d’un avenir prometteur pour son application au profit du transport durable souhaité.

     

     

     

     

    FICHE DESCRIPTIVE :

    AUTEUR : Aurélie KOUASSI

    STATUT : Web journaliste

    DATE DE PARUTION : 02-05-2018

     

     

     

    TYPE : Dossier

    N° :    04-2018

    SOURCES :

    http://africabusiness.com/2014/04/17/afrique-togo

    http://africabusiness.com/2014/04/17/afrique-togohttps://www.cairn.info/revue-afrique-contemporaine-2010-2-page-41.htm

    https://www.financialafrik.com/2017/06/24/charge-a-lessieu-luemoa-recadre-les-etats-membres/

    http://fr.allafrica.com/stories/201606240210.html

    www.fera.sn/controle-de-charge-a-lessieu/CT

    https://www.memoireonline.com/06/12/5939/m_Infrastructures-de-transport-et-developpement-economique-au-Senegal9.html

    http://koaci.com/m/effets-nefastes-surcharge-lessieu-senegal-croisade-7782-i.html

    http://news.acotonou.com/h/92883.html

    http://www.seneweb.com/news/Transport/transport-routier-la-surcharge-a-l-rsquo_n_128405.html

    https://www.ssatp.org/sites/ssatp/files/pdfs/Toolkits/SSATPWP90-Guidelines-Overload_fr%5B1%5D.pdf

    http://koaci.com/cote-divoire-abidjan-terminal-equipe-port-systeme-pese-essieu-108066.html

    http://koaci.com/cote-divoire-surcharge-camion-phase-repression-lapplication-reglement-annoncee-pour-avril-amendes-allant-mille-prevues-106801.html

    https://www.investiraucameroun.com/transport/2403-8704-le-cameroun-veut-ameliorer-son-potentiel-logistique-de-transport-pour-valoriser-sa-position-strategique-dans-la-cemac

    http://www.ecodufaso.com/le-non-respect-de-la-charge-a-lessieu-entraine-une-hemorragie-financiere/

    http://www.togosite.com/index.php/togo/2284-togo-transports-de-marchandises-charge-a-l-essieu-des-sanctions-en-perspectives-pour-les-transporteurs-indelicats

    http://www.eala.org/documents/view/the-eac-vehicle-load-control-act2013

    http://www.droit-afrique.com/upload/doc/cemac/CEMAC-Reglement-2001-04-Code-de-la-route.pdf

    https://extranet.sadc.int/files/6814/4674/1492/FRENCH_2014-10-31_Draft_Vehicle_Overload_Control_Strategy_and_Implemebtation_Plan_Ver_6.pdf

    https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publications/AfDB_-_Cameroun_-_Note_sur_le_secteur_des_transports.pdf

    http://www.adiac-congo.com/content/rn-1-les-agents-des-stations-de-pesage-peinent-faire-appliquer-la-loi-aux-usagers-70421

    https://www.huffpostmaghreb.com/2017/03/20/algerie-nouvelle-loi-circ_n_15484160.html

    http://aujourdhui.ma/automobile/radars-contre-la-surcharge-des-camions-troncons-et-des-feux-rouges-la-tutelle-renforce-le-controle-routier

    https://www.howwemadeitinafrica.com/overloading-costing-east-africa-millions-in-road-deterioration/53534/