DOSSIER HEBDO 5 : Développement des projets de construction de plateformes logistiques, vers une performance des échanges en Afrique

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    En Afrique, d'une manière générale, le transport et la logistique sont réputés lents et coûteux en raison de multiples dysfonctionnements. Ces dernières années, pour mieux répondre aux mutations socio-économiques caractérisées par des exigences de développements intégrés, à travers des engagements dans des accords de libre-échange, et par les nouveaux contextes de la mondialisation et de la globalisation du commerce, les pays africains se dotent des moyens concrets pour faire évoluer leurs systèmes de transport. La construction de plus en plus de plateformes logistiques y compris les ports secs, depuis 2010, dans les pays africains, répond au besoin d’une augmentation du fret de 5 à 7% par an, un véritable challenge pour ces pays.

     

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    Le développement des transports et l’amélioration des performances logistiques sont des enjeux déterminants pour les pays qui souhaitent devenir plus compétitifs sur la scène géo-économique internationale.

    De bonnes infrastructures, capables de fluidifier les échanges, représentent des gages de réussite supplémentaires pour le commerce international, tout en offrant des solutions locales pour désenclaver les régions sans littorales.

    En Afrique, le manque de sophistication des circuits logistiques est un obstacle majeur aux échanges commerciaux.

    Dans les pays sans littoral, les coûts de transport représentent en moyenne 45% de la valeur des marchandises à l'importation et 35% pour les produits exportés contre des moyennes mondiales respectivement de 5,4% et 8,8%.

     

     

     

    Et Philippe de Moerloose pointe qu’il est dur de rentabiliser un camion sur les routes en Afrique, car les camions rentrent souvent à vide une fois la cargaison déchargée. A titre d’exemple, le transport d’un conteneur entre Kampala en Ouganda et Mombasa au Kenya prend deux fois plus de temps et coûte deux fois plus cher que de le transporter de Londres à Mombasa. Une situation qui rend difficile l’implantation d’autres grands acteurs internationaux du transport routier. Tout ce contexte limite considérablement la compétitivité des entreprises sur les marchés et entraîne des prix à la consommation très élevés des produits importés.

    Conscient de ce retard, et pour optimiser l’acheminement dans marchandises des ports maritimes vers l’hinterland, les États ont consenti à de nombreux efforts ces deux dernières décennies. Les projets pour améliorer les circuits logistiques prospèrent en Afrique.

     

    Les infrastructures de transport, un facteur d’accélération de la logistique en Afrique

     

    En Afrique, dans la plupart des pays, 90 % des marchandises sont importées ou exportées par la route. Parallèlement, le réseau ferré, prend une part importante dans les investissements. Des projets de réhabilitation et de construction de nouvelles lignes pour désenclaver certaines régionsse lancent. Ainsi, la réhabilitation de la ligne ferroviaire Dakar-Bamako devrait dynamiser les échanges avec le Mali et une ligne a été ouverte en 2015 reliant la Zambie, la RDC et l’Angola. Ces travaux doivent permettre de multiplier par plus de cinq le tonnage de marchandises transportées.

    Quant aux infrastructures portuaires, elles continuent leur modernisation afin d’absorber les prévisions de la Banque Africaine de Développement qui chiffrent l’activité portuaire à 2 milliards de tonnes à l’horizon 2040, contre seulement 265 millions aujourd’hui. La construction d’un deuxième terminal à conteneurs à Abidjan avec l’élargissement et l’approfondissement du canal ou la mise en service en 2016 du terminal de Kribi au Cameroun illustre cette modernisation.

    Des corridors de transports, dits « smart corridor », ont été définis sur lesquels sont engagés des actions en vue de l’amélioration des systèmes de transports et faciliter le transport de marchandises.

    Dans cette donne, l’on assiste à l’émergence d’une nouvelle tendance depuis 2010 qui est celle de la construction de plateformes logistiques multimodales ou ports secs sur les corridors dans les pays sans littoraux.La plateforme logistique désigne l’endroit où l’on reçoit de la marchandise pour la réexpédier dans un délai très court. Ces installations physiques d'articulation des flux constituent de véritables pilotes du système logistique. Elles peuvent jouer différents rôles : stockage, entreposage, dégroupage, dédouanement, etc.

     

    La floraison de projet de construction de ports secs, une vision à la l’efficacité des échanges commerciaux intra-africains et internationaux

     

    D'après le comité de gestion de la mondialisation, le port sec s'entend être un lieu situé à l'intérieur des terres pour le groupage et la distribution des marchandises, ayant des fonctions correspondant à celles d'un port maritime, et comprenant des services de dédouanement. C'est un ensemble d'infrastructures construites à distance des côtes qui facilite l'embarquement, le débarquement, le stockage, la distribution des marchandises ; tout cela en utilisant les avantages de l'inter modalité des moyens de transport en un seul endroit.

    Sur le continent africain plusieurs ports secs sont en cours de construction dans toutes les régions : une quinzaine de ports secs en Algérie, environ une dizaine au Nigéria, Kenya, Mali etc.

     

    Le premier port sec intérieur du Nigeria à Kakuri, dans l'État de Kaduna inauguré le 4 janvier 2017 par le président Muhammadu Buhari.

     

    En RDC, le poste frontière de Kasumbalesa sera bientôt doté d’un port sec moderne. Le début des travaux de construction de ce grand parking est annoncé pour Mars 2018. Il aura une capacité d’accueil de 1 000 camions poids-lourds. Bien plus, l’aménagement ne prévoit un mini Guest house, un restaurant et des bureaux qui abriteront tous les services percepteurs des taxes à la frontière. Selon le Ministre provincial de l’Economie, commerce et transport, ce port sec moderne facilitera les mouvements  import-export. Ce projet sécurisera les opérateurs économiques congolais et étrangers ainsi que leurs marchandises et améliorera les conditions de travail de transporteurs étrangers à Kasumbalesa.

     

    En Côte d’Ivoire, le port sec fait partie des grands projets que le pays entend réaliser d’ici 2020. Il s’agit de construire et d’exploiter les infrastructures d’un port sec à Ferkessédougou, une ville située à 581 kilomètres d’Abidjan afin de désengorger et rapprocher le port Autonome d’Abidjan de ses partenaires régionaux (Mali, Burkina Faso, Niger).

    La Tanzanie construira un port sec géant dans la région de Kigomi. Le futur port sec de Kigoma en Tanzanie devrait fluidifier l'acheminement des importations vers les pays de la sous-région de l'Afrique de l'Est et des Grands Lacs. Il devait desservir l'ensemble des pays enclavés de la sous-région comme l'Ouganda, le Burundi, le Rwanda, la République démocratique du Congo ou encore la Zambie.

    Selon, Philippe Dehays, Directeur de l’agence de Rouen de Centrimex, les ports secs favorisent la décongestion des ports maritimes, permettent des gains de parts de marché et réduisent les impacts environnementaux des activités logistiques. Ils supposent d’améliorer l’inter modalité, la fluidité des flux, les transports, notamment le ferroviaire, ou encore d’assouplir les formalités administratives et douanières.

    La construction des parcs logistiques pour renforcer les chaines d’approvisionnement en Afrique

     

          (Crédits : DR)

    Un parc logistique est un espace de stockage et de distribution destiné aux entreprises. Il peut être constitué d'entrepôts et de bureaux d'accompagnement. Son but est de garantir une rapidité de livraison optimum et une meilleure gestion du temps mais aussi des stockages irréguliers dus à la saisonnalité de certaines productions ou matières premières.

    Au Ghana, l’entreprise kowetien Agility, l'un des leaders mondiaux de la logistique a ouvert un parc logistique de 45 ha dans la zone franche du port de Téma. Le parc offre des services d’entreposage et de logistique. Geoffrey Blanc, chef de la direction Afrique d’Agility, a précisé qu’Agility construira  dans une deuxième phase de développement sept entrepôts dans le parc au Ghana afin de répondre à la demande. Des propositions de grandes installations sur commande sont en cours de finalisation adaptées aux besoins spécifiques des clients avec des superficies comprises entre 5 000 et 25 000 mètres carrés dans le parc. Agility développerait également des parcs en  Angola, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Mozambique et des sites supplémentaires seraient disponibles au Cameroun, à Maurice et au Sénégal, indique un communiqué du groupe.

    L’Afrique de l’Est annonce la construction prochaine des parcs logistiques modernes qui devraient répondre à une problématique de longue date en Afrique de l'Est où le coût logistique reste encore très élevé. Selon les experts, celui-ci représente en effet 40% des coûts des marchandises vendues dans la sous-région, soit deux fois la moyenne mondiale estimée à moins de 20%. Cela viendrait également réduire les coûts d'exploitation des entreprises et amoindrir les prix pour les consommateurs. Les premiers espaces érigés sur 140 000 m2 devraient être livrés au Kenya, en principe, dans deux ans. Cette initiative vient emboîter le pas à celle du Rwanda où le gouvernement a démarré la construction de marchés transfrontaliers équipés d'entrepôts, entre autres, afin de réduire les coûts opérationnels pour les entreprises exportatrices, mettre un frein aux exportations informelles et renforcer la compétitivité du produit rwandais sur le marché sous-régional.

     

    Le Maroc développe un réseau national intégré de zones logistiques multi-flux

    Agence Marocaine de Développement de la Logistique (AMDL)

     

    Au Maroc, le développement du secteur de la logistique apparaît comme une priorité stratégique pour parachever le processus de renforcement de la compétitivité de l’économie marocaine dans les secteurs de l’Equipement et des Transports. Afin de relever ce défi, le Maroc a adopté, une « stratégie nationale de développement de la compétitivité logistique » en 2010 dans le cadre d’un partenariat public-privé. Il s’agissait d’offrir au Maroc « un plan d’action ambitieux » au double objectif stratégique : améliorer le commerce extérieur du Maroc avec l’Union européenne et favoriser l’émergence d’un secteur logistique marocain. Elle prévoit ainsi la création de 70 plateformes logistiques à l’horizon 2020. La mesure de ce contrat-programme phare est l’aménagement d’un réseau national intégré de zones logistiques multi-flux (ZLMF), bien connectés aux infrastructures ports, autoroutes, voies ferrées, afin d’optimiser les échanges internationaux. La zone logistique de Zenata est de loin la plus importante plateforme des zones prévues par le schéma national intégré des zones logistiques, aussi bien de par sa taille que de par la diversité des fonctions qu’elle entend accueillir et constitue une grande opportunité, non seulement de structuration logistique du Grand Casablanca, mais aussi d’articulation de l’ensemble du réseau marocain de Plateformes Logistiques. Son emplacement et ses dimensions sont adaptés à un projet de projection stratégique nationale et internationale à court, moyen et long termes. Cette ZLMF est destinée à abriter trois types de plateformes logistiques dédiées aux flux conteneurs et céréales et aux services de distribution et de sous-traitance logistique. Dans l’objectif du renforcement de la vocation de la zone de Zenata comme pôle logistique intégré à travers une connectivité efficace, un nouveau schéma opératoire portuaire est mis en place avec la réalisation d’une connexion routière dédiée entre le port de Casablanca et la ZLMF.

     

        Ventures Africa

     

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    L'heure est à l'accélération des échanges commerciaux interrégionaux en Afrique. Afin d'appuyer cette dynamique, depuis 2010, les projets d’amélioration des circuits logistiques foisonnent.

    Il s’agit des ports secs, des parcs logistiques modernes et autres plateformes en cours de réalisation sur tout le continent africain. Ils sont des compléments indispensables permettant d'alléger la cargaison des ports maritimes vers les alentours où se trouvent les centres de consommation et/ou de distribution.

    Ils aident les centres d'approvisionnement et les mouvements de cargaison, réduisent la congestion portuaire, permettent une meilleure redistribution des marchandises, facilitent les exportations, réduisent les temps de transfert entre port et destination finale et permettent un meilleur profit et des économies d'échelle.

    De plus, ils aident les opérations administratives d'import et d'export et simplifient tout procès qui joue sur l'efficacité et la productivité portuaire. Cette tendance de sophistication des plates formes logistiques en Afrique est un enjeu clé de l’avenir du continent dans le commerce mondial.

     

     

     

     

     

     

     

    FICHE DESCRIPTIVE :

    AUTEUR : Aurélie KOUASSI

    STATUT : Web journaliste

    DATE DE PARUTION : 15-05-2018

    TYPE : Dossier

    N° :    05-2018

    SOURCES :

    Zones Logistiques du Grand Casablanca : Site Web Officiel de l'AMDL

    http://www.wk-transport-logistique.fr/outils/upload/JMM-carrefour-2015-cr.pdf

    http://www.logistiqueconseil.org/Articles/Transport-routier/Forum-transport-cemac.htm

    http://www.infhotep.com/les-transports-en-afrique-enjeux-et-perspectives-2/

    http://philippe-de-moerloose-blog.com/transport-logistique-afrique/

    http://www.etudier.com/dissertations/Ports-Secs-Raisons-%C3%89conomiques-Et-Autres/230083.html

    file:///C:/Users/hp/Desktop/recherche%20OMA/mission%20et%20article%20OMA/article%20de%20veille/Nouveau%20dossier/article%202018/circuit%20logistique/Elise%20Traore%20Pr%C3%A9sentatation%20ports%20secs_ssatp%20(1).pdf

    http://www.jeuneafrique.com/mag/325421/economie/transport-routier-logisticiens-parcours-seme-dembuches/

    http://zoom-eco.net/economie/rdc-construction-dun-port-sec-moderne-a-kasumbalesa-des-mars-2018/

    http://fr.allafrica.com/stories/201601110774.html

    https://www.financialafrik.com/2016/01/09/la-cote-divoire-veut-construire-un-port-sec-de-300-milliards-fcfa-pour-desservir-le-burkina-faso-le-mali-et-le-niger/

    https://www.bollore-ports.com/activites-portuaires/ports-secs.html

    https://www.setal.net/Vincent-Bollore-super-raider-d-Afrique_a62835.html

    https://afrique.latribune.fr/entreprises/services/transport-logistique/2018-04-12/bollore-logistics-lance-une-serie-d-extensions-dans-ses-terminaux-africains-775111.html

    https://afrique.latribune.fr/economie/budget-fiscalite/2017-08-02/infrastructures-la-tanzanie-construira-un-port-sec-geant-dans-la-region-de-kigomi-746090.html

    https://lematin.ma/journal/2018/evenement-arabo-africain-rabat-25-27-avril/290373.html

    https://www.memoireonline.com/06/12/5901/m_Decongestion-du-Port-Autonome-de-Cotonou-pour-une-meilleure-performance-commerciale18.html

    https://www.piarc.org/ressources/documents/431,22-3-Ports-secs-Note-F.pdf

    http://www.commodafrica.com/28-10-2016-le-kowetien-agility-ouvre-un-parc-logistique-de-45-ha-au-ghana

    http://www.zonedactivite.com/dictionnaire/definition/145/Parc-logistique

    http://www.jeuneafrique.com/17874/economie/boborinter-plateforme-mod-le-au-port-de-bobo-dioulasso/