Dossier hebdo 6 : Le développement du transport multimodal, une stratégie optée par les pays Africains pour l’essor des échanges commerciaux

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    Depuis les années 2000, tous les voyants sont au vert en Afrique, en particulier dans la sous-région subsaharienne : taux de croissance économique estimé à 2,5% en 2017, pénétration du mobile et d’internet, urbanisation galopante et explosion démographique… Tout porte à croire que l’Afrique a mis un pied dans la société de consommation. Pour soutenir ce développement économique, les pays africains se meuvent pour le développement des infrastructures de transport à travers la construction de plateformes maritimes attractives et rentables, la modernisation du réseau ferroviaire et routier dans une vision du développement d’un transport multimodale, gage de l’accroissement des échanges commerciaux au niveau local et international.

     

    CICOS

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    L’Afrique subsaharienne comptera 2,8 milliards d’individus en 2030 et sa classe moyenne comptera plus de 500 millions d’Africains. En2050, 84% de la population subsaharienne sera urbaine. De fait, les Etats tout comme les consommateurs particuliers développent des besoins qui se traduisent nécessairement par des échanges accrus, que ce soit entre pays africains ou avec les autres continents. Pour faire face et accompagner ce développement, les infrastructures de transport constituent à la fois un facteur accélérateur ou limitant de la croissance et de la mutation économique nécessaire du continent.

    Ainsi, pour booster la compétitivité des pays africains dans les échanges commerciaux intra-africains et internationaux, la stratégie de développement mise en place par les gouvernements africains depuis les années 2000, repose sur un schéma multimodal du transport, particulièrement du transport de marchandises.

     

     

     

    État des lieux du secteur « Transport multimodal» en Afrique avant 2000

    En matière d’infrastructures de transport routier, le constat est très peu reluisant dans les pays africains, et particulièrement en Afrique Subsaharienne, où l'on connaît un déficit infrastructurel considérable. L’insuffisance quantitative et qualitative d’infrastructures de transport routier constitue en effet une importante préoccupation pour la croissance économique des Etats. La route reste le mode de transport dominant en Afrique, représentant 80 à plus de 90% du trafic interurbain et inter-États de marchandises. Elle représente en général le seul moyen d’accès aux zones rurales et constitue le mode le plus flexible et approprié dans la vie économique et sociale des pays ou des régions. Le continent africain est caractérisé par une faible densité routière: 6,84 km pour 100 km² par rapport à 12 km pour 100 km² en Amérique latine et 18 km pour 100 km² en Asie. À titre d’exemple, le taux de couverture est de 30% pour la CEDEAO, 31% pour le COMESA, 40% pour la SADC et 25% pour la CEMAC. Ce réseau souffre en particulier de la surcharge effectuée sur les véhicules routiers, ce qui réduit la durée de vie des routes.

    Malgré d’importants investissements dans les années 70-80 consacrés aux infrastructures et aux matériels roulants, le rôle joué par les chemins de fer dans le transport, tant des marchandises que des passagers, n’a cessé de baisser aux niveaux national et sous-régional. Le réseau ferroviaire africain est estimé à 89 380 km pour une superficie de 30,19 millions de km² soit une densité de 2,96 km pour 1 000 km². Ce réseau est très peu interconnecté, surtout en Afrique occidentale et centrale. Plus d’une quinzaine de pays en Afrique ne disposent pas de voie ferrée. En outre, les chemins de fer se caractérisent par l’hétérogénéité des écartements des voies avec différents types d’écartements au sein d’une même sous-région.

    Le transport maritime est l’un des plus importants modes de transport pour les échanges inter et intra-régionaux avec 92 à 97% du commerce international de l’Afrique. L’Afrique compte environ 80 ports importants qui, ensemble, génèrent 95% du commerce international (importations/exportations) des 53 pays africains dont 6 sont des pays insulaires et 15 sont des pays enclavés. Ces ports sont confrontés à des problèmes d’équipements, de sécurité, de problèmes environnementaux (pollution, érosion),  de productivité, d’insuffisance des mesures de facilitation et de capacités techniques. Quatre-vingts pour cent des navires en Afrique ont plus de 15 ans d’âge contre une moyenne mondiale de 15%. Le tableau des trafics des ports à conteneurs les plus importants d’Afrique pour l’année 2004 : 3 en Afrique du Nord, 4 en Afrique de l’Est, 4 en Afrique australe, 1 en Afrique centrale et 5 en Afrique de l’Ouest.

    La situation du transport aérien en Afrique apparaît préoccupante aux yeux de la communauté internationale. En effet, le secteur présente des compagnies en majorité déficitaires, des disparitions d’opérateurs majeurs dans la région, des liaisons aériennes insuffisantes, des infrastructures vieillissantes, et enfin, objet de toute l’attention des médias, un niveau de sécurité inacceptable, plus de six fois supérieur à la moyenne mondiale. L'Afrique compte pour 1 % du trafic aérien mondial. Ce secteur se caractérise par deux tendances : des flux de trafic de plus en plus importants entre l’Afrique et le reste du monde qui suscitent la convoitise de grandes compagnies aériennes telles que Turkish Airlines et les dessertes intra-africaines obsolètes, très onéreuses, assurées par des compagnies africaines aux flottes microscopiques. De plus, leur rentabilité est inexistante.

    Face à ce retard qui entrave le développement, l’année 2000 constitue un point de rupture de cette tendance régressive à travers la réalisation de plus en plus de projets sur le continent.

    Vers une modernisation des transports en Afrique ?

    Vecteur de la facilitation des échanges qui se présente de nos jours comme un enjeu majeur de développement économique des Etats, le développement des infrastructures de transport constitue l'un des principaux axes des programmes de développement en cours dans la plupart des pays africains. Pour développer ce réseau et faciliter le transport de marchandises, la stratégie du continent se porte sur le multimodal. Dans ce sens, de nombreux investissements, que ce soit au niveau routier, ferroviaire, portuaire ou aérien, se mettent en place, souvent en partenariat avec d’autres pays.

    Le transport routier : le principal outil de développement du transport multimodal

    Depuis les indépendances, le maintien des tracés routiers de cette période se complète par un vaste programme de construction de routes dites transafricaines. L’Afrique sud  affiche le plus grand réseau routier avec 60% de routes goudronnées, suivi du Kenya avec seulement 14% des routes goudronnées. Les principales routes du réseau africain disposent d’une longueur totale de 31 423 km et de 45 832 km de voies de raccordement. L’Afrique centrale où le taux de bitumage est le plus faible soit 2,2 km de route pour 100 km2est la première à vouloir rattraper son retard. Le Congo a engagé la construction de routes reliant la région enclavée de la Sangha, au nord du Congo, au Cameroun et à Brazzaville. Le Cameroun procède de son côté aux travaux de la route Cameroun-Congo (Sangmélima-Ouesso) depuis sa frontière et qui rejoindra Yaoundé. Leur voisin gabonais a également entrepris d’énormes efforts passant d’un réseau de 817 km de routes bitumées en 2009 à 1451 km début 2015.Le cas de Port-Gentil illustre parfaitement la dynamique actuelle qui consiste à relier les sous-régions entre elles, à développer le transport multimodal et à gagner en compétitivité.

     

    Le dynamisme du transport maritime répond à la demande de fret en Afrique

          Port Mombassa Kenya © AfricaLogistics Magazine

     

    Selon une étude de Proparco (la filiale de l’Agence Française de Développement dédiée au secteur privé), entre 2007 et 2017, l’Afrique a vu ses volumes d’échanges commerciaux multipliés par quatre ; une progression spectaculaire qui doit beaucoup à la montée en puissance des ports africains. « Près de 40 milliards d’euros ont été versés pour la modernisation de l’infrastructure portuaire depuis le début des années 2000 » explique François-Xavier Delenclos, vice-président chargé du développement chez l'opérateur danois APM Terminals (APMT). Les infrastructures portuaires se modernisent peu à peu grâce aux opérateurs internationaux. Leur objectif : répondre aux prévisions de la Banque Africaine de Développement qui souhaite que l’activité portuaire s’élève à 2 milliards de tonnes en 2040. Actuellement, celle-ci s’élève à 265 millions. Les volumes transportés seraient multipliés sur la même période par 6 voire 8 pour atteindre 14 dans certains pays privés de débouchés maritimes. Grâce à ces nouvelles infrastructures, de nombreux ports s’ouvrent progressivement à la conteneurisation et au transbordement. Le long du Golfe de Guinée, la construction de nouveaux terminaux à conteneurs se multiplient afin d’être en mesure de recevoir les grands tonnages internationaux. Le Port de Pointe-Noire a renforcé sa position de hub sous-régional de transbordement, en améliorant sa procédure pour plus de flexibilité au profit des armateurs : alors que le contrôle était effectué auparavant par la Douane a priori avant le chargement des marchandises, il est maintenant effectué a posteriori grâce à la dématérialisation de la déclaration. Au Cameroun, l’on assiste à la mise en service en 2016 du terminal de Kribi. A Abidjan, la construction d’un deuxième terminal à conteneurs avec l’élargissement et l’approfondissement du canal permettra plus qu’un doublement des capacités du port qui pourra atteindre 3 millions de conteneurs par an. Dans le même temps, les autres pays d’Afrique de l’ouest souhaitent également asseoir leur influence maritime engendrant un vaste mouvement de privatisation pour se mettre à l’heure de la mondialisation. L’Afrique de l’Est a développé ses ports notamment celui de Djibouti en charge des exportations vers l’Arabie Saoudite, l’Égypte et l’Inde.

     

    Le transport aérien : un développement qui reste à concrétiser

    À contrario, le transport aérien présente un retard. Néanmoins, ce secteur doit être multiplié par cinq d’ici à 2040. Des efforts significatifs de modernisation doivent être effectués pour y parvenir.

     

    Le transport aérien africain pèse peu. Sur 286 plus grands aéroports ou terrains d’aviation africains inclus dans le rapport d’agrément et de restriction des terrains d’aviation de mai 2000 du Air Mobility Command, 84 % seulement des aéroports militaires recensés les plus importants peuvent soutenir des opérations d'avions-cargos C-130 et moins de 65 % des C-17. Les taux de remplissage pour le transport de marchandises sont inférieurs de 20 % à la moyenne mondiale.

    Cependant, la croissance du trafic pousse d’ores et déjà différents états à accroître leurs capacités et à moderniser leurs infrastructures à l’exemple de l’Ethiopie qui a lancé la construction de deux aéroports et du Sénégal qui a achevé  l’extension de l'aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) à Dakar en Décembre 2017.

    Le Gabon, de son côté, procède à la mise en œuvre d’un projet de rénovation et d’extension de l’aéroport de Port-Gentil avec un budget de 45,7 millions d’euros. C’est son Président, Ali Bongo Ondimba, qui affirmait « L’aviation est la prochaine frontière de croissance en matière d’infrastructures pour l’Afrique ».

     

     

    LA DIPLOMATIQUE D'ABIDJAN

     

    Dans ce contexte peu dynamique du transport aérien africain, quelques signaux faibles sont annonciateurs de lendemains meilleurs pour ce secteur. Ethiopian Cargo & Logistics Services, l’un des plus grands opérateurs de fret d'Afrique, a été désignée compagnie aérienne internationale de fret à la croissance la plus rapide de l'année 2017. Aujourd'hui, Ethiopian Cargo & Logistics transporte environs 400 000 tonnes de marchandises par an soutenant ainsi la croissance commerciale et économique de l'Afrique. Selon le directeur général du groupe Ethiopian Airlines, M. Tewolde Gebre Mariam, « conformément à notre Vision 2025, nous aspirons à doubler ces chiffres à 800 000 tonnes par an et contribuer à la renaissance économique de l'Afrique en général et de l'Éthiopie en particulier. »

     

    Le transport ferroviaire : un enjeu stratégique pour l’industrialisation des zones rurales

     

    À l’instar du réseau routier, le transport ferroviaire, héritage du passé colonial, prend une part importante dans les investissements. Longtemps laissés à l’abandon par manque de rentabilité, des projets de réhabilitation et de construction de nouvelles lignes pour désenclaver certaines régions et ports se lancent. Ainsi, le Congo a émis un appel d’offres en 2015 pour réhabiliter la ligne Congo-Océan qui relie Brazzaville à Pointe-Noire. La réhabilitation de la ligne ferroviaire Dakar-Bamako devrait dynamiser les échanges avec le Mali. Une ligne a été ouverte en 2015 reliant la Zambie, la RDC et l’Angola. Ces travaux doivent permettre de multiplier par plus de cinq le tonnage de marchandises transportées. Le Congo développe de plus en plus de projets pour, à termes, se transformer en point de passage incontournable pour toute l’Afrique centrale. En Afrique de l’Ouest, de nouveaux projets émergent. La région abrite les travaux de réhabilitation de la ligne ferroviaire entre Abidjan et Ouagadougou. Ces derniers ont débuté en septembre 2015. L’Afrique du Sud a vu son réseau ferroviaire s’améliorer grandement grâce à un plan de 5 milliards de dollars US investis entre 2006 et 2011. En Afrique du Nord, les compagnies ferroviaires, quant à elles, ont fait l’objet de réformes qui leur ont conféré une plus grande autonomie de gestion.

     

    Les acteurs au cœur de l’évolution du transport multimodal en Afrique

     

    Le transport multimodal se développe avec pour objectif le désenclavement des régions intérieures, la lutte contre la pauvreté et l’amélioration de la compétitivité. Pour y parvenir, Les Gouvernements accueillent de plus en plus de partenaires qui voient dans le continent, l’avenir de la croissance mondiale.

    L’essor des ports africains s’accroit avec leur mise en concession. Les principaux opérateurs portuaires sont APMT (Danemark), ICTSI (Philippines), DP World (Dubaï) et Bolloré AfricaLogistics (France), leader en gestion de terminaux à conteneurs sur le continent avec près de quatorze concessions portuaires. Parmi les partenaires impliqués dans ces projets de développement  des réseaux routiers, ferroviaires, la Chine se distingue avec ses interventions dans toutes les régions du continent. En outre, un certain nombre de pays africains se sont regroupés de manière à optimiser les investissements. La Communauté de l’Afrique de l’Est, la Communauté de l’Afrique de l’Ouest ou encore la Communauté Economique Africaine sont autant de biais qui permettent de stimuler les projets de développement pour le transport multimodal à travers l’adoption du PIDA en 2012 soutenu par des partenaires financiers comme la Banque Africaine de Développement, la Banque Mondiale. En raison du potentiel économique de ces projets et des perspectives de croissance durables sur le continent, les gouvernements privatisent et ont davantage recours aux partenariats publics privés (PPP) et aux concessions pour accélérer le développement de leurs infrastructures.

     

    Depuis deux décennies, le secteur du transport connaît une dynamique d’intégration et d’interconnexion des territoires en Afrique. De la chaîne de transport multimodal en Afrique, le transport par route est de loin le plus important pour les pays, surtout pour ceux de l’hinterland. Des efforts immenses sont faits sur les secteurs maritimes et ferroviaires même si cette tendance n’est pas poursuivie par l’aérien. Aujourd’hui, l’une des approches utilisée pour rendre le transport multimodal dynamique est celle des corridors qui sont de principales voies « route, rail » de passage qui assurent les grandes liaisons transnationales pour lutter contre l’enclavement des pays en se connectant aux ports.

    Dans ce sens, de nombreuses alternatives en matière d’infrastructures de transport qui couvrent aussi bien la construction de nouvelles routes, rail, de port et d’aéroport se concrétisent avec les appuis massifs des partenaires étrangers privés sur le continent. Cette tendance au développement du transport multimodal pour le transport des marchandises s’inscrit dans la vision des pays africains de répondre aux besoins grandissants de consommation d’une population qui s'accroît à un rythme exponentiel.

     

     

    FICHE DESCRIPTIVE :

    AUTEUR : Aurélie KOUASSI

    STATUT : Web journaliste

    DATE DE PARUTION : 22-05-2018

    TYPE : Dossier

    N° :    06-2018

    SOURCES :

    http://www.leconomiste.com/article/1025621-climat-les-engagements-des-grandes-entreprises

    http://www.mintp.cm/index.php?mact=News,cntnt01,print,0&cntnt01articleid=559&cntnt01showtemplate=false&cntnt01returnid=43&hl=fr

    http://www.africa-onweb.com/economie/transports-afrique.htm

    http://www.faq-logistique.com/Infothep-Transports-Afrique-Enjeux-Perspectives-Sauts.htm

    http://www.infhotep.com/les-transports-en-afrique-enjeux-et-perspectives-2/

    http://www.afrikatech.com/fr/divers/etat-des-lieux-du-secteur-transport-en-afrique-en-2017/

    http://philippe-de-moerloose-blog.com/transport-logistique-afrique/

    http://www.jeuneafrique.com/mag/468650/economie/de-conakry-a-kribi-les-ports-africains-se-livrent-une-bataille-acharnee/

    https://blog.deloitte.fr/ports-maritimes-africains-l-heure-de-modernisation-a-sonne/

    http://www.black-feelings.com/accueil/detail-actualite/article/dossier-transport-maritime-ces-futurs-ports-qui-changeront-la-donne-en-afrique/

    http://www.cicos.int/navigation-interieure/transport-multimodal/

    http://endacacid.org/latest/index.php?option=com_content&view=article&id=1133:impact-de-l-amelioration-de-la-qualite-de-l-infrastructure-routiere-regionale-sur-le-commerce-intraregional-dans-la-cedeao&catid=406&Itemid=1755

    https://www.forbesafrique.com/Les-ports-cle-de-l-avenir-economique-africain_a7276.html

    https://www.africalogisticsmagazine.com/fr/content/le-top-10-des-ports-en-afrique