Dossier hebdo 7 : La maîtrise de l’énergie dans le transport des marchandises en Afrique : un enjeu majeur pour un secteur à fort potentiel de croissance

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    Le transport international de marchandises est au cœur du débat sur la croissance durable et à faibles émissions de carbone car il représente plus de 40% des émissions de CO2 de l’ensemble du secteur des transports et contribue ainsi à hauteur d’environ 7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il est prévu que le transport international de marchandises se multipliera par quatre entre 2010 et 2050, ce qui entraînera une augmentation significative des émissions de gaz à effet de serre dans un scénario de statu quo. L’Agenda pour le développement durable de 2030 et l’Accord de Paris sur le changement climatique appellent la communauté internationale à prendre rapidement des mesures audacieuses et transformatrices pour faire avancer le monde vers un développement durable à faible consommation de carbone. Le transport international des marchandises devrait également s’aligner sur cette trajectoire universelle, plus particulièrement en termes d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Dans ce contexte, des initiatives de transport écologiques de marchandises sont mises en place dans les pays du monde depuis les années 2000.Les pays africains bénéficient ainsi donc des appuis des organismes internationaux pour des initiatives éco énergétiques dans le secteur du transport de marchandises sur le continent.

     

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    La situation de l’énergie dans le secteur du transport de marchandises en Afrique

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    En Afrique, les émissions de fret devraient augmenter de 700% d’ici 2050. Actuellement, les gros camions rejettent 79g de CO2 par tonne et par kilomètre. Le transport des marchandises par voie terrestre quant à lui, représente environ 35% des carburants pour le transport et contribuent à hauteur de 5.5% des émissions mondiales de CO2.

    Étant donné les prévisions de croissance du transport de fret de 5% à 7% en Afrique, qui devraient aller de pair avec celle de la population, de la consommation et de l’économie; la question d’un développement écoviable du transport fondé sur l’utilisation rationnelle de l’énergie à travers des sources d’énergie plus propres et des modes de transport de marchandises respectueux de l’environnement, prend de plus en plus d’importance.

     

    Ainsi, au vu de l’extrême dépendance du transport par rapport au pétrole et de la nécessité de réduire les émissions de toute nature polluants et carbone, quelques initiatives sont prises sur le continent pour un secteur plus éco-énergétique. Car, l’Afrique est régie par les standards les plus faibles de la planète, avec des carburants 200 fois plus nocifs qu’en Europe.

     

    Pour une énergie décarbonée du secteur de transport de marchandises en Afrique

    En Afrique de l’Est et Centrale, l’Autorité de Coordination de Transit et de Transport du Corridor Nord (ACTTCN) a élaboré son Programme quinquennal de Transport Ecologique des marchandises (2017- 2021) qui vise à appuyer un certain nombre d’initiatives destinées à réduire la consommation de carburant et les émissions de carbone dans les États membres de ce corridor. Ce programme de Transport Ecologique des Marchandises s’inspire d’autres programmes de ce type dont l’objectif ultime est de promouvoir un effort concerté dans le secteur du transport des marchandises pour traiter l’impact de l’industrie sur les conditions environnementales, sociales et économiques, tant au niveau mondial que dans les régions où elles opèrent. À court terme, le Programme de Transport Ecologique des marchandises le long du Corridor Nord vise à aligner le Plan Stratégique du Corridor aux initiatives de transport écologique en améliorant l’efficacité énergétique du transport routier; la réduction des matières particulaires (MP), du noir de carbone, d’oxydes d’azote (NOX) et des émissions de CO2 qui contribuent aux changements climatiques. Il devrait aussi contribuer à la réduction des accidents de la route et en faisant le plaidoyer pour le transfert modal le long du Corridor Nord. Ce programme vise aussi, l’amélioration de consommation des litres de carburant par tonne et kilomètre par les camions d’au moins 5% d’ici 2021.

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    En outre, des politiques de transport plus propres en adoptant des carburants à faible teneur en soufre sont prises dans les CER d’Afrique depuis l’année 2010. C’est le cas du Kenya qui a lancé  en 2011 un diesel moins polluant avec une teneur en soufre réduite. Grâce à cette initiative, le Kenya a établi un nouveau standard de 500 ppm qui est le niveau le plus bas de toute l'Afrique de l'Est. La Tanzanie devrait bientôt emboîter le pas et commencer à introduire le diesel à teneur de 500 ppm. Cette nouvelle norme au Kenya aura également un impact significatif dans les pays vers lesquels elle exporte ce diesel, comme l'Ouganda, le Burundi, le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC). L’objectif est d'améliorer la qualité de l'air et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

    Dans l’espace CEDEAO, depuis 2016, les recommandations d’Abuja (Nigéria) avaient appelé à la limitation du taux de soufre des produits pétroliers à partir du 1er juillet 2017 au sein de l’espace régional. Ces recommandations visaient l’horizon 2020 pour la mise à jour dans toutes les raffineries pour produire les carburants à 50 PPM. L’importation des véhicules propres et adaptés est également l’une de ces recommandations d’Abuja. Selon le dernier rapport de l’ONG Suisse (Public EYE), le taux de soufre dans le diesel dépasse largement la norme internationale recommandée. Celui- ci révèle que la teneur en soufre dans les carburants dans la région ouest africaine varie de 200 à 1000 fois plus élevées que la norme appliquée dans l’espace européen avec une pointe à 3780 PPM.

     

    Le transport maritime va dépolluer son carburant dès 2020

    Sur un autre plan, le transport maritime est l’un des plus importants modes de transport pour les échanges inter et intra-régionaux. En effet, il représente 92 à 97% du commerce international de l’Afrique. Cependant, il est largement tributaire du pétrole comme carburant. Afin de s'assurer que le secteur des transports maritimes soit plus propre et respectueux de l'environnement, l’Organisation Maritime Internationale (l'OMI), a adopté, en 2016, une résolution pour dépolluer le carburant de l’industrie maritime, l’un des plus sales au monde – son taux de soufre est 3 500 fois plus élevé que la limite autorisée pour le diesel. Le plafond mondial de la teneur en soufre du fioul passera de 3,5% à 0,5% à partir du 1er janvier 2020.

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    Le chemin de fer, une autre alternative au transport routier face à la volatilité de la consommation des carburants en Afrique

    Des études sur l’impact des différents moyens de transport montrent que le transport par voie ferrée consomme beaucoup moins de diesel que par la route. Il offre donc un avantage compétitif et une empreinte carbone réduite pour le transport de marchandises très pondéreuses sur de longues distances. Sur cette base, les actions de réhabilitation se poursuivent sur divers sites. Elles portent cependant presque toujours sur les sociétés et les lignes existantes, en cherchant à améliorer leur fonctionnement et à densifier leur trafic. La situation respective du transport ferroviaire au sein du continent ne s’en trouve donc guère modifiée : l’Afrique australe est de loin la mieux dotée en lignes ; les chemins de fer du Gabon et du Cameroun restent en tête pour le trafic comme pour la productivité. Le projet de Boucle Ferroviaire, initié par le Niger en novembre 2011, vise en effet la mise en place d’une voie ferrée continue sur le parcours Cotonou/Niamey/Ouagadougou/Abidjan.

     

    Des acteurs de plus en plus impliqués dans le financement des politiques énergétiques du transport de marchandises en Afrique

     

    Les partenaires techniques de développement régionales, sous-régionales et nationales jouent un rôle important en assurant ou en facilitant le financement du développement des transports durables. Il s’agit du PNUE[1], ISCOS[2], BAD[3], BM[4], CNUCED[5], etc. L’engagement pris à la Conférence Rio+20 par huit banques de développement et institutions multilatérales d’allouer au moins 175 milliards de dollars en prêts et en subventions aux transports dans les pays en développement pendant la période 2012 - 2022 est en voie d’être honoré. De 2012 à 2013, environ 45 milliards de dollars ont déjà été alloués à des projets liés aux transports. En plus de contribuer au financement des transports durables, les banques de développement jouent un rôle important en fournissant des services d’atténuation des risques, des garanties et d’autres services de rehaussement de crédit, particulièrement au titre de projets qui exigent de gros investissements initiaux ou une coordination régionale. Sur le continent en dehors de la BAD et de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et de la CNUCED, qui interviennent dans la majorité des projets pour le secteur de transport écologique de marchandises, la Banque mondiale a également lancé avec le fonds souverain marocain Ithmar Capital, "le premier fonds de capital investissement vert" dédié au continent africain, en marge de la COP 22. Ce fond est baptisé "Green Growth Infrastructure Facility for Africa" (GGIF for Africa). Son objectif principal "est de catalyser la transition en Afrique vers une économie verte en soutenant : une croissance inclusive, efficace et à faible émission de carbone dans les limites écologiques de la planète, un meilleur accès aux énergies et l'implémentation d'infrastructures productives d'énergies propres, le transport et la logistique à faible émission de carbone et l'utilisation et la répartition efficace des ressources hydrauliques.


    [1] Programme des Nations Unies pour l’Environnement

    [2] International Spinal Cord Society

    [3] Banque Africaine de Développement

    [4] Banque Mondiale

    [5] Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement

     

    En somme, l’adoption d’une stratégie intégrée de maîtrise de l’énergie est importante pour les pays Africains. Il ne s’agit pas seulement de diminuer globalement leur consommation d’énergie, mais de réussir leur développement économique et social avec une consommation bien moindre. Dans un contexte international de développement durable à faible consommation de carbone, le secteur du  transport des marchandises en Afrique s’aligne depuis les années 2010, peu à peu sur cette trajectoire de développement durable universelle, plus particulièrement en termes d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Cependant, le transport durable de marchandises reste un sujet de préoccupation. Les initiatives sont encore faibles ce qui laisse subsister de nombreux défis. Pour accélérer le rythme en vue d’atteindre la consommation d’énergie durable dans le secteur de transport de marchandises, des cadres politiques plus cohérents qui s’attaquent à la fois à l’offre et à la demande d’utilisation des ressources naturelles sont nécessaires, ainsi qu’une meilleure mise en œuvre et application des politiques existantes.

     

    FICHE DESCRIPTIVE :

    AUTEUR : Aurélie KOUASSI

    STATUT : Web journaliste

    DATE DE PARUTION : 29-05-2018

    TYPE : Dossier

    N° :    07-2018

    SOURCES :

    https://news.un.org/fr/story/2011/02/209592-pnue-le-kenya-adopte-un-carburant-diesel-vert-teneur-en-soufre-reduite

    http://www.imo.org/fr/MediaCentre/HotTopics/GHG/Pages/default.aspx

    http://news.alome.com/h/100532.html

    https://www.lemonde.fr/planete/article/2016/12/02/l-afrique-de-l-ouest-ne-veut-plus-etre-intoxiquee-au-diesel-soufre_5041897_3244.html

    http://www1.uneca.org/Portals/3/documents/AfricanReviewReport-on-TransportSummary.pdf

    https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/le-transport-maritime-va-depolluer-son-carburant-des-2020-144132.html

    http://unctad.org/meetings/fr/SessionalDocuments/cimem7d11_fr.pdf

    https://www.actu-environnement.com/ae/news/banque-mondiale-cop22-climat-afrique-moyen-orient-ithmar-capital-27889.php4