Dossier hebdo 9 : La digitalisation au cœur des innovations dans le secteur du transport de marchandises en Afrique

Version 7

    Signature.PNG

    À l’instar des Télécoms, le secteur du transport réinvente peu à peu la mobilité des marchandises sur le continent africain. Cette mutation que connaît ce secteur en Afrique repose sur l’utilisation des technologies numériques et automatiques. De ce fait, ces cinq dernières années, l’avènement des start-ups excellant dans les entreprises d’e-plateformes logistiques et le recours aux drones pour améliorer le transport de marchandises sur le continent constituent des innovations. Cette réalité bouleverse inévitablement les business models adoptés actuellement par les entreprises de transport de marchandises traditionnelles.

     

    ff.PNG

     

     

     

     

    Peu importe le secteur d'activité, les avancées technologiques faites au cours des dernières décennies révolutionnent peu à peu bon nombre de pratiques. En effet, l'informatique et les nouveaux moyens de transport automatisés, permettent de maximiser l'efficacité de l'industrie du transport de marchandises en Afrique. Ces innovations constituent, aujourd'hui une priorité pour les Etats africains, étant donné que la plupart d'entre eux souffrent de défauts dans leur logistique, qui mettent à mal leur compétitivité commerciale sur le plan international.

    Afin de palier ces problèmes, les (jeunes) entreprises privées,en accord avec les gouvernants, innovent dans le secteur de transport de marchandises à travers les technologies numériques.

     

     

     

     

    Les start-ups au secours de la digitalisation du transport et de la logistique des marchandises en Afrique

    Dans le cas du secteur logistique, les start-ups sont présentes dans le domaine des technologies et des systèmes d'information. Elles proposent, grâce à de puissants outils informatiques, une dimension collaborative qui s'applique bien dans le cadre de plateformes de mise en relation et de mutualisation sur les disponibilités de transport, de stockage, etc. Les exemples de Bifasor et de Kamtar sont éloquents en la matière. Créée en 2015, Bifasor est une jeune pousse qui propose aux professionnels du transport et de la logistique en Afrique, une plateforme web de mise en relation. L’outil développé par la start-up facilite en outre les interactions entre les autorités portuaires, les opérateurs de transport maritime, les chargeurs (importateurs, exportateurs, industriels, distributeurs, commerçants etc), les transporteurs, les transitaires, les commissionnaires de transport, les entrepositaires, les vendeurs de pièces de rechange et d’accessoires de camions ainsi que les garagistes. En se basant sur les chiffres de l’Organisation Internationale du Travail, la plateforme s’adresse à près de 3 millions de petites et moyennes entreprises du transport en Afrique. Avec l’accroissement des volumes d’échanges (384.6 millions de tonnes prévues en 2030 contre 120,6 millions de tonnes en 2009), ces dernières auront de plus en plus besoin d’outils adaptés et d’une gestion plus efficiente, facilitée par le recours aux nouvelles technologies. Au Burkina Faso, 85% des 3 000 entreprises de transport de marchandises exploitent 24 000 engins par exemple. Bifasor ambitionne donc de rompre avec le système informel.

    https://ticmagazine.bf/cote-divoire-la-start-up-kamtar-connecte-transporteurs-et-clients/    

    A l’image de Bifasor, en Côte d’Ivoire, en 2018, l’entreprise Kamtar propose des services logistiques dans le secteur du transport de marchandises de dernier kilomètre grâce à une plateforme numérique faisant le lien entre transporteurs et clients. La start-up ivoirienne Kamtar permet de connecter les transporteurs à des clients professionnels ou particuliers. Les services proposés vont du déménagement à la logistique interne, en passant par la livraison, expliquent les co-fondateurs Arthur Thuet et Délas N’Dri. Les utilisateurs peuvent commander un véhicule, soit par le biais d’internet, soit par celui du téléphone.Les marchandises sont géolocalisées et des assurances sont proposées. Environ 1 000 véhicules – de la moto au camion – sont déjà inscrits sur la plateforme.

     

    En Afrique du sud,une start-up sud-africaine a développé une application mobile (INNOVATE LOGISTICS) qui utilise la technologie pour rendre le secteur logistique local plus efficace et prudent en vendant l'espace inutilisé assez bon marché aux consommateurs qui en ont besoin. La solution innovante relie les entreprises de transport sud-africaines avec des espaces libres sur leurs camions aux consommateurs qui veulent transporter des marchandises.

    Les e-plateformes de transport de marchandises restent donc un chantier majeur dans lequel beaucoup de start-ups se sont développées en Afrique. Notamment dans la livraison au dernier kilomètre mais aussi dans le développement de points relais pour déposer des marchandises. Toute la chaîne  concernée par cette livraison urbaine,y compris celui qui livre à vélo, doit disposer de l'information en temps réel sur les points de livraison, qu'ils soient délocalisés, ou pas. La start-up Jumia, leader de l’e-commerce en Afrique illustre bien cette affirmation.

    Comment Jumia s’est imposé comme l’Amazon africain en seulement 4 ans | TextMaster

    Fondée par deux anciens consultants français de McKinsey en 2012 au Nigeria, l’entreprise de commerce en ligne opère dans 35 pays du continent. Ses résultats témoignent d’une stratégie de conquête rapide de parts de marché au détriment de la rentabilité. De l’Egypte à l’Afrique du Sud, en passant par la Côte d’Ivoire et, surtout, le gigantesque Nigeria (190 millions d’habitants),Jumiadéveloppeses services par un usage du mobile. La problématique de faible bancarisation est contournée par un paiement proposé en espèces à la livraison ou via des services de paiement mobile de plus en plus fréquents en Afrique. En outre, la chaîne logistique permet la livraison du produit à l'adresse du client, ou à proximité.Un service de livraison « Jumia Express », lancé en 2017, permet une livraison plus rapide. Un nouveau service « Jumia Force », déjà présent au Nigeria, est aujourd’hui déployé dans d’autres pays comme le Kenya. Il s’agit d’une équipe de commerciaux équipés de smartphones ou tablettes qui vont dans les villages pour offrir un accès aux services de Jumia. En 2016, Jumia a affiché 4,1 millions de transactions et un chiffre d’affaires de 84 millions d’euros.

    En dehors de ces innovations dues à l’avènement des nouvelles technologies de l’information dans le transport de marchandises, de nouveaux moyens de transport automatisés de marchandises comme les drones sont en phase exploratoire sur le continent.

    Les drones, un secteur débutant mais en nette évolution sur le continent

    Des drones de transport en Afrique | BlueBiz

    Développés pour des usages militaires pendant la première guerre mondiale, les drones, appareils sans passagers ni pilote qui peuvent voler de façon autonome ou être contrôlés à distance depuis le sol, sont utilisés depuis 2015 pour le transport des marchandises de faible capacité. Les drones permettent donc de transporter de petits colis en suivant des itinéraires balisés. Leurs déplacements sont limités à des couloirs aériens d’environ 200 mètres de largeur et de 150 mètres de hauteur. Les drones connaissent un bel essor en Afrique même si leur encadrement est encore en voie de construction. Selon certains experts, ce marché devrait atteindre d'ici 2021, 20% contre seulement 3% en 2017 en Afrique. En effet, du fait de certains problèmes auxquels fait face l'Afrique comme le manque d'infrastructures de transport et le coût élevé des déplacements, les drones s'y révèlent de plus en plus utiles. Dans ce sens, des initiatives se mettent en place pour faire du drone une bonne solution alternative en matière de transport de marchandises sur le continent africain. Avec des utilisations qui ne cessent de se multiplier, le développement du secteur des drones est très varié sur le continent Africain.

    Bien que l'Afrique du Sud soit le premier pays en Afrique à adopter les services de drones concernant notamment leur application commerciale, y compris les règles d'assurance applicables aux vols et la formation nécessaire aux pilotes,le Rwanda est souvent considéré comme un modèle en la matière avec Zipline, le premier service de livraison de drones commerciaux au monde qui transporte du sang à travers le pays en 2016. En outre, le pays des mille collines accueille le développement du premier drone-port afin d’améliorer le transport des marchandises dans des zones reculées du pays. Le Rwanda pourrait abriter le tout premier port du monde équipé de drones. Le projet prévoit notamment la construction de trois entrepôts équipés de drones de livraison d'ici 2020. Outre ce premier « drone-port » dans le district de Muhanga, deux autres aéroports pour drones vont être construits dans le sud du Rwanda d'ici 2020. Ces aéronefs sans pilote seront « capables de transporter des colis de 10 à 100 kg, que ce soit des pièces de rechange, des équipements électroniques ou bien encore des poches de sang et d’autres produits pouvant sauver des vies dans un rayon de 100 km pour un coût minime », expliquent les concepteurs du projet, qui envisagent à terme « l’établissement de plus de quarante drone-ports » à travers le Rwanda. Au Malawi, le gouvernement en partenariat avec l’UNICEF, a ouvert en 2017, le premier couloir aérien dédié aux drones en Afrique.

    En Éthiopie comme au Kenya, des lois et réglementations sont adoptés ou en cours d’adoption par les autorités de l’aviation civile pour encadrer l’utilisation des drones. De ce fait, Astral Aviation, la compagnie aérienne basée à Nairobi au Kenya, prévoit débuter la première opération de drone cargo en Afrique d'ici la fin de l'année 2018. Sa filiale Astral Aerial Solutions a été lancée en vue de l'expansion du spécialiste du fret kényan sur le marché des drones au Kenya, en Éthiopie et au Rwanda. Astral Aerial Solutions disposera, pour ses débuts, de trois drones de transport de différentes tailles. Le premier drone baptisé FlyOx fabriqué par une entreprise espagnole, Singular Aircraft, peut transporter 2000 kg de fret et dispose d’une autonomie de 26 heures pour une portée de 1200 km. Astral Aerial Solutions a par ailleurs mis sur pied une académie de formation à la technologie des drones au Kenya. Elle projette de mettre en place une académie similaire avec un partenaire éthiopien à Addis-Abeba.

    Selon Jonathan Ledgard, Directeur du centre de recherche Afrotech de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), des discussions sont en cours avec plusieurs autres pays africains, tels que l’Angola, le Botswana, l’Ouganda, la Tanzanie et le Mozambique pour l’installation des ports de drone-cargo notamment dans des zones pauvres et reculées. L’objectif étant que ces engins parviennent à livrer des produits de première nécessité tels que des médicaments, de la nourriture et des produits médicaux à ces populations vulnérables. « Il est impératif que ce projet profite aux plus défavorisés et apporte une haute plus-value socio-économique », explique monsieur Ledgard.

    Des acteurs privés pour soutenir ces innovations dans le secteur du transport de marchandises en Afrique

    Le marché des drones connaît un fort dynamisme depuis plusieurs années.Ce secteur est dominé par le géant chinois DJI, numéro un mondial avec 70 % du marché. Le fabricant français Parrot, quant à lui, se place en deuxième position. Sur le continent, Astral Aviation, pionnier du service drone cargo, est une compagnie aérienne fret basée à Nairobi depuis 2001 et qui effectue des vols cargo en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe. Le spécialiste Kenyan du transport du fret a mis en place une filiale spécialisée dans les drones, Astral Aerial Solutions qui veut conquérir le marché des drones Cargo dans la région. L’architecte Lord Norman Foster, d’origine britannique, est aussi un opérateur clé de la construction des cargo-ports en Afrique. Il va réaliser le plus petit aéroport du monde en Afrique, le moins cher possible, et intégrant une myriade de technologies pour le rendre extrêmement intelligent.

    Les drones en Afrique, quels enjeux pour l’avenir du continent ?

    L'Afrique, qui comptera en 2050 plus de deux milliards d'habitants, est lourdement pénalisée par son manque d'infrastructures, de routes, de ponts. Selon Monsieur Ledgard, le continent peine à trouver des moyens financiers pour développer son réseau routier qui est beaucoup plus onéreux. Le déficit annuel en termes de dépenses publiques pour les infrastructures s’élève à 50 milliards de dollars et ne cesse de croître. Le continent a donc davantage intérêt à développer ce nouveau moyen de transport que l'Europe ou l'Amérique du Nord.En effet, dans les régions isolées, les drones peuvent représenter une solution pour l’Afrique. Selon toujours Ledgard, « les drones peuvent permettre d’étendre le périmètre du commerce électronique au-delà des grandes villes. C’est le cas d’Amazon qui a déjà demandé l’autorisation du gouvernement pour tester la dernière version de ses drones Prime Air, arguant que 86% de ses colis pèsent moins de 2,3 kg ». Les ports de drone-cargo produiront des énergies vertes. Ils seront un mix entre une station essence à énergie solaire et un poste du futur, un grand marché africain, et un laboratoire technologique. Au niveau de la rapidité, la technologie permettra aux drones d'aller de plus en plus vite, tout en transportant des charges sans cesse plus lourdes, à faible coût.En outre, grâce au faible prix des équipements en drones, il constitue un atout au service des plus pauvres.Cette tendance d’évolution des drones en Afrique contribuera à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable à l’horizon 2030 du continent ; à savoir ne laisser personne de côté.

     

    L’intégration des plateformes digitales et des drones dans le secteur de transport de marchandises en Afrique constitue une tendance émergente majeure. Plusieurs jeunes entreprises fleurissent sur le continent dans les e-plateformes logistiques dans le but d’améliorer la logistique du transport des marchandises depuis les années 2012. Il s’agit là d’un véritable défi que doit relever l’Afrique. Les nouveaux acteurs numériques sont en bonne position pour développer des offres de transport local et repenser la mobilité des marchandises. A ce niveau,les drones offrent de nombreuses opportunités aux pays africains pour le développement de l’industrie de transport de marchandises du fait de la faiblesse des infrastructures de communication. Ces dernières années, certains pays comme le Rwanda, le Kenya et l’Afrique du sud prennent des initiatives afin de développer les services de drones pour le transport de marchandises.Si cette tendance se poursuivait voire s’accélérait, le développement des drones devrait favoriser une  couverture totale du territoire africain et un accès des zones reculées et des populations les plus pauvres à des biens et services jusque-là réservés aux capitales et zones urbaines.

     

    FICHE DESCRIPTIVE :

    AUTEUR : Aurélie KOUASSI

    STATUT : Web journaliste

    DATE DE PARUTION : 12-06-2018

    TYPE : Dossier

    N° :    09-2018

    SOURCES :

    https://www.actualitesdudroit.fr/browse/afrique/droits-nationaux/10371/de-l-utilisation-des-drones-en-afrique-quel-marche-et-quelle-reglementation

    https://www.actualitesdudroit.fr/browse/afrique/droits-nationaux/10371/de-l-utilisation-des-drones-en-afrique-quel-marche-et-quelle-reglementation
    https://www.afrique-sur7.fr/393813-astral-aviation-va-lancer-le-premier-service-de-drone-cargo-en-afrique

    https://www.bluebiz.com/fr/BizClubs/Club-Africa-News/cargo-drones-in-africa

    http://afrique.lepoint.fr/economie/les-drones-a-l-assaut-du-ciel-africain-18-05-2017-2128429_2258.php

    http://www.afrikatech.com/fr/divers/etat-des-lieux-du-secteur-transport-en-afrique-en-2017/

    http://www.innogencepulse.com/bifasor-startup-digitalise-transport-logistique-afrique/

    http://www.realease-capital.fr/blog/logistique-et-transport-les-tendances-et-innovations-pour-2017

    http://unctad.org/meetings/fr/SessionalDocuments/cimem7d2_fr.pdf

    http://www.jeuneafrique.com/355921/economie/start-up-de-la-semaine-le-coup-de-fouet-de-bifasor-dans-le-transport-de-marchandises/

    http://www.jeuneafrique.com/275231/societe/le-projet-fou-dun-droneport-au-rwanda/

    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/06/15/il-y-aura-un-usage-commercial-de-drones-cargos-en-2019_4654491_3212.html

    https://teles-relay.com/start-up-de-la-semaine-kamtar-lentreprise-qui-revolutionne-la-logistique-en-cote-divoire-jeuneafrique-com/

    http://www.jeuneafrique.com/531774/economie/en-cinq-ans-jumia-a-su-simposer-dans-le-paysage-commercial-marocain/

    Enregistrer