En 2050, 70 % de la population mondiale vivra en ville : c’est pour les décideurs une formidable opportunité de développer une démarche d'innovation urbaine dans un contexte marqué par la révolution numérique et une transition environnementale que chacun appelle de ses voeux.

 

Quelles sont les pratiques émergentes et les progrès technologiques qui dessinent la mobilité urbaine de demain ? Comment construire une offre  répondant aux évolutions de la demande sociale, du développement de l’offre motorisée à celui des modes alternatifs à l’automobile ? Dans toutes les grandes métropoles, la mise en œuvre de nouvelles solutions de mobilité, plus efficaces et plus économes en énergie est nécessaire.

 

C’est un défi majeur du XXIe siècle.

 

 

Au sens où on l’entend, la mobilité urbaine représente l’ensemble des déplacements quotidiens entrepris sur un périmètre d’environ 10 kilomètres et  effectué via différents modes de transport, individuels ou collectifs, publics ou privés.

 

Assistée puissamment par les outils numériques, l’initiative du voyageur n’a désormais pas de limites. On constate la prévalence de la demande sur l’offre, l’autonomisation de l’usager, la place centrale prise par l’immatériel (données et systèmes d’informations, de services et de transactions) dans la construction actuelle des mobilités. En effet aujourd’hui, l’innovation technologique bouleverse les pratiques, elle modifie les perceptions des acteurs des mobilités, initiateurs et gestionnaires, ainsi que les attentes des usagers ou clients.

 

Du coup la panoplie des transporteurs s’enrichit. Leurs offres se construisent en forme d’intégrations, de combinaisons, comme autant de réponses à une flexibilité accrue de la société, comme autant de solutions à un “porte à porte  éclaté”.

 

Afin de fluidifier le trafic et de pouvoir desservir la majorité des zones urbaines, la solution la plus évidente consiste à combiner au mieux les différents moyens de transports urbains. Ainsi il s’agirait de prolonger rationnellement le réseau de transports en commun, avec par exemple pour les derniers kilomètres des minibus, des vélos, des véhicules électriques et des voitures partagées. Une telle évolution de l’offre devrait permettre aux usagers de renoncer plus facilement à la voiture particulière et conduire à une réduction de la circulation et du besoin en parcs de stationnement.

 

  Un autre effet vertueux serait de pouvoir récupérer des espaces au cœur des villes.

 

 

Le mariage entre l’automobile et le numérique

 

 

Dans ce contexte, la voiture particulière est malgré tout encore dominante (80% des distances parcourues et 80% des ménages disposant d’au moins une voiture en France). Sa présence sature les axes et gêne de fait toutes les autres formes de mobilités. Cependant dans une enquête Chronos/TNS Sofres publiée en 2010, un Français sur quatre déclarait avoir intensifié sa pratique de la marche et ils étaient déjà plus de 50% à déclarer avoir réduit leur usage de l’automobile.

 

  Ce qui est sûr, c’est que le numérique révolutionne l’usage et la conception de l’automobile. La «voiture connectée » est déjà une réalité. Une voiture d’aujourd’hui bien équipée possède plus de technologie embarquée que les premiers avions Airbus.

 

 

 

Véhicules autonomes, c’est déjà demain

 

On estime que les véhicules autonomes seront opérationnels à l’horizon 2030.

La circulation urbaine peut être considérablement changée si leur flux est bien géré… Quel serait le revers de la médaille ?

 

« Conduiront-ils à avoir encore plus de voitures sur les routes, plus d’étalement urbain et d’embouteillages ? Ou à mettre en forme des villes durables, à reconquérir des espaces urbains, à avoir moins de véhicules sur les routes et une meilleure qualité de vie ? », questionne L'Union Internationale des Transports Publics français (UITP).

 

Doit-on envisager un scénario catastrophe où le trafic serait complètement saturé par des voitures autonomes circulant en permanence au lieu de se garer ? L' UITP n’écarte pas cette éventualité qui verrait des automobilistes laissant leur voiture circuler plutôt que de payer des places de parking…

 

En attendant un cadre législatif plus précis, plusieurs grandes métropoles mondiales travaillent sur des solutions innovantes, permettant aux opérateurs de transports de mener des essais.

 

Des navettes autonomes et électriques Navya circulent ainsi, depuis le 29 juin sur l’esplanade de la Défense à Paris. Cette expérimentation pourrait d’ailleurs être la première au monde à s’effectuer, dès septembre, sans accompagnateur à bord.

 

Devons-nous nous préparer à un chômage massif induit par l’IA? Une analyse de 2015 par Carl Frey et Michael Osborne de l’Université d’Oxford a révélé que 47% des emplois actuels aux États-Unis étaient susceptibles d’être informatisés. Et certains travaux semblent particulièrement mûrs pour l’automatisation. Au gré de l’avancement de la technologie de l’auto-conduite, il semble probable qu’environ 3,5 millions de camionneurs américains puissent se retrouver sans emploi.

 

La donnée, matière première des mobilités du futur

 

L’aspect positif est que l’information ouvre la voie à une gestion instantanée et localisée des itinéraires, à une maîtrise accrue de la mobilité globale. Le smartphone est l’ outil permettant de combiner différents modes de transport: il est donc le moyen d’une mobilité choisie. Depuis 2015, le groupe Keolis permet de séquencer son itinéraire à la minute près, acheter son titre de transport et le valider sur son smartphone grâce à l’application pour le transport public PlanBookTicket.

Les villes dans le monde entier mettent l’accent sur les modes actifs (marche, vélo, modes partagés) autour des transports en commun. Dans le cadre de la mobilité numérique, les transports individuels (automobile, vélo) sont mis au service du collectif, les synergies sont mieux pensées entre les modes.

Depuis le mois d’avril, l'abonnement Autolib', le service d'autopartage 100% électrique, peut être intégré au Passe Navigo, le support des abonnements aux transports en commun pour l'Ile-de-France. Aujourd'hui, 4.000 voitures et 6.200 bornes de charge sont accessibles à Paris et dans une centaine de communes franciliennes. Plus de 5,6 millions de personnes utilisent la carte Navigo au moins une fois par an. Elle servait déjà pour un abonnement Vélib', le libre-service vélos de la ville de Paris.

 

L’explosion de la “donnée mobilité” a permis l’éclosion de wikis (Open Street Map...), de sites, de fils d’information, de “places de marchés” (covoiturage...) et d’applications urbaines. Désormais les voyageurs aspirent à une information obtenue en quelques clics et en temps réel, prenant en compte leurs besoins et leur localisation. Foursquare, Facebook, Twitter, Google, OpenStreetMap

... guident les pas du nomade.

 

Le site internet ’’Walkscore’’, créé par des new-yorkais, est un outil permettant de calculer l’indice de ’’marchabilité » en fonction du lieu de vie. Une cartographie vivante, nourrie des données des usagers, indique les itinéraires à pied, leur intérêt, leurs obstacles, les accès possibles à pied vers les transports publics et les ressources du quotidien accessibles en 5, 10 ou 15 minutes de marche.

 

FixMyStreet est un logiciel libre qui permet aux citoyens, à l'aide d'une carte interactive d'informer leurs autorités locales des problèmes à résoudre dans leur quartier: nids de poule, mauvais éclairage, rues non-sécuritaires, etc. Ces “services web et mobiles” ont en commun d’être initiés, abondés et gérés par le public lui-même.

 

 

 

 

La blockchain ou l’émergence de services de mobilité en rupture

 

On constate que ces écosystèmes humains, désormais nomades et connectés, se sont le plus souvent créés et rassemblés via et sur des plateformes digitales.

 

Face aux géants qui ambitionnent le monopole mondial (Uber, BlablaCar, AirBnb, Amazon…), une concurrence nait de nouvelles plateformes alternatives et coopératives. Elles promettent des revenus qui seraient partagés équitablement, de manière transparente et sécurisée grâce à l’absence d’un organisme de contrôle central. C’est le principe de la technologie Blockchain avec l’utilisation d’une monnaie virtuelle pour des « transactions » en toute confiance ».

 

William El Kaim, expert en innovation technologique et architecture du SI, explique que la Blockchain  va permettre de créer des écosystèmes de transports décentralisés, qui seront à la fois régulés et locaux. Ainsi, une startup israélienne, a créé la ZooZ, un système de transport sans intermédiaire, sans structure centrale, qui répond à une logique de partage équitable, sans échange d’argent. Cette communauté, composée de conducteurs et de transportés, est un des rares exemples de service de mobilité disruptive.

 

La blockchain est-il le moteur ou bien le carburant de nouveaux modèles de collaboration et d’affaires (plus équitables, plus durables), de nouvelles entreprises humaines autogérées ? interroge William El Kaim.

 

La technologie pourrait-elle également jouer un rôle dans la mise en œuvre des voitures autonomes et de leurs plateformes de gestion ?

 

 

 

 

Contourner la congestion urbaine par les airs

 

  Un second territoire existe pour la mobilité: les couloirs aériens au-dessus des espaces publics. L'exploiter intelligemment avec une offre de transport à haut niveau de service garantira à l'usager fluidité, vitesse et sensations, tout en permettant de réorganiser l'espace de la ville.

C’est l’intérêt du système futuriste de transport aérien de personnes et de marchandises automatisé Supraways qui repose sur une infrastructure aérienne dédiée. Le Supra (Système Urbain Personnalisable Rapide Autonome Solaire) peut accueillir jusqu’à 6 personnes dont des voyageurs à mobilité réduite. Le réseau connecte les autres modes de transport et les parkings, améliore l’accessibilité aux gares, aéroports et autres points d’intérêt. Sous les stations de Supras, des parcs de vélos partagés ou des navettes autonomes pourront être mis à la disposition des usagers.

 

Les systèmes aériens h-bahn de Dortmund et Düsseldorf, Schwebebahn de Wuppertal, ou encore EASE à Miami, contribuent de la même façon à fluidifier l’ensemble du trafic urbain. L'avantage principal de ces avancées technologiques est en effet le contournement d’une mobilité de plus en plus compliquée au sol.

 

 

 

De nouvelles initiatives de transport urbain et inter urbain

 

Encore plus futuriste, les capsules électriques, autonomes et modulaires Next sont capables de se clipper les unes aux autres et de se séparer en route, ce qui en fait aussi bien un transport individuel à la demande qu'un transport en commun.

 

Avec son projet Vahana, Airbus met au point une plateforme autonome de véhicules volants qui transporteront du fret ou un seul passager. Les premiers essais du prototype auront lieu fin 2017. L’avionneur, allié à la firme italienne Italdesign a également mis au point Pop.Up, un concept de voiture volante électrique autonome. Pour réduire le coût du transport et le rendre équivalent au tarif d’un taxi actuel, la course serait partagée avec d’autres passagers.

 

 

Ces initiatives de desserte urbaine s’inscrivent dans l’esprit des transports disruptifs comme le train à sustentation magnétique japonais Maglev qui fonctionne déjà et sera mis en service entre Tokyo et Nagoya en 2027, puis Osaka, à une vitesse de 500km/h.

 

Et déjà émerge un nouveau mode de transport fait de capsules propulsées par un champ magnétique à plusieurs centaines de Km/h, le projet Hyperloop imaginé par Elon Musk. La création d'un centre de recherche et développement du projet de capsules de train subsonique a été annoncée à Toulouse, et le 3 juillet on apprenait qu’un groupe de travail allait être mis en place à la région Rhône-Alpes Auvergne pour lancer le train du futur. De son côté la Corée annonce l’adoption de l'Hyperloop pour 2022.

 

Enfin hors des villes, la route intelligente assurera des fonctions de sécurité (information, guidage) et pourra donner la priorité aux transports publics et aux véhicules bien remplis ou guider vers des itinéraires alternatifs.

Cette esquisse de mobilité de demain qui entraîne une transformation progressive des lieux et des usages est un fort enjeu pour les transporteurs.

Elle repose sur la capacité à comprendre et à anticiper les besoins. Et si les services devenaient la matrice des mobilités? Et si c’était l’usager qui dictait les changements à venir? C’est ce qu’on peut appeler une tendance lourde.

 

 

 

 

Le saviez-vous?

 

Les navettes autonomes à la conquête des centres urbains

 

Navya a inauguré début juillet le premier service (expérimental) de bus autonomes et électriques en Île-de-France. Pendant les six prochains mois, trois navettes conçues par l’entreprise française desserviront gratuitement l’esplanade de la Défense à Paris.

 

Environ 45 navettes sont déployées à travers le monde pour 170 000 passagers transportés. Les deux navettes autonomes mises en service à Lyon dans le quartier de Confluence, ont transporté 11.500 personnes en six mois. Durant cette période, Keolis et le constructeur Navya ont simplement procédé à quelques ajustements techniques.Hydrail works by using a hybrid configuration of hydrogen fuel cells and batteries. Fueling takes about the same amount of time as traditional diesel engines. The hydrogen is converted into electricity using on board fuel cells. That electricity is fed to batteries that disperse the energy to the train's motors.

 

 

 

Les navettes sans conducteur, opérées par CarPostal dans la ville de Sion en Suisse (photo ci-dessus), ont pour leur part transporté plus de 21.500 personnes en un an sur un parcours de 1,5 kilomètre.

 

Navya utilise des technologies recourant à des capteurs, des satellites et des caméras. Ces outils permettent à la Navya Arma d’être précise à deux centimètres près, selon la startup.

 

 

Par Didier Rougeyron