L'instauration d'une politique commune des transports constitue le soutien indispensable à la libre circulation des personnes et des marchandises au sein de  l’Union.

 

Si les tendances se poursuivent au rythme actuel, le nombre de passagers devrait augmenter de moitié en Europe d’ici à 2050. Quant au transport de marchandises, on estime qu’il devrait croître d’environ 80 %.

 

Du coup le secteur produit un quart des émissions de l’Union européenne et elles progressent parce que la mobilité augmente.

 

Sommes-nous dès lors parvenus à un seuil de saturation ?

Comment rendre la mobilité plus “durable”?

 

Au delà, quels aspects de la politique européenne des transports  doivent être améliorés pour permettre à chacun, particulier et entreprise, de bénéficier d’un réseau de transport efficace et sûr ?

 

Les transports constituent un secteur économique majeur (valeur ajoutée brute: 4,8 % au total pour les 28 pays de l’Union européenne, soit 548 milliards d’euros) qui génère 11 millions d’emplois sur le continent. Il constitue également le plus gros consommateur final d'énergie (30%).

 

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strategie.gouv.fr

 

 

 

Il revient à la Commission européenne d’élaborer et encourager des politiques de transports efficaces, sûres, fiables et durables, afin de créer les conditions favorables à une industrie compétitive et créatrice d'emplois et de richesses.

 

À l'heure où nos sociétés deviennent de plus en plus mobiles, les défis à relever sont néanmoins de taille.

 

UN BILAN CONTRASTE

 

D’abord, d'ici à 2050, l'UE doit réduire les émissions du secteur des transports de 60 % par rapport aux niveaux de 1990, afin de limiter le réchauffement planétaire à 2°C.

 

Pour atteindre cet objectif, la stratégie européenne vise à supprimer les véhicules à carburant traditionnel dans les villes, porter à 40 % la part des carburants à faible teneur en carbone dans l'aviation, réduire d'au moins 40 % les émissions dues au transport maritime et faire en sorte que 50 % du transport routier de passagers et de fret sur moyenne distance s'effectue par voie ferrée et  voie navigable.

 

Où en sommes nous aujourd’hui ?

 

« La politique des transports entre l’Union européenne et ses États membres n’a pas tenu ses promesses », déploraient Gilles Savary et Emmanuel Brutin dans une étude publiée par les Euros du village et Terra Nova (2010). Le « report modal » en faveur des modes de transport les plus propres et efficaces ne s’est pas produit. A l’origine d’environ 25% des émissions de gaz à effet de serre dans l’Union, le secteur des transports est le seul à avoir augmenté ses émissions depuis 1990. »

 

Avec la croissance du trafic, les émissions de gaz à effet de serre (GES) se sont, en effet, accrues de 22%.

 

Pour les auteurs de l’étude, cet « échec » a deux causes essentielles : « la résistance des États et la prééminence donnée à la logique de réalisation du marché intérieur sur une approche fondée sur le volontarisme politique ».

 

Comment surmonter les réticences nationales ?

 

La dépendance vis-à-vis du pétrole constitue un autre enjeu majeur.

 

Même si l'efficacité énergétique des transports s'est améliorée, le secteur dépend encore de l’or noir pour 96 % de ses besoins en énergie. Or, le pétrole va immanquablement se raréfier. On estime que son prix aura doublé en 2050 par rapport à son niveau de 2005.

 

Les autres défis concernent la densité du trafic - qui devrait encore s'intensifier tant pour le transport de marchandises que de passagers- la  concurrence de marchés en pleine expansion dans d'autres régions du monde, ainsi que la qualité des infrastructures, inégale d’un  pays à l’autre.

 

 

Dans sa feuille de route "Transports 2050, vers un espace européen unique des transports" la Commission européenne fixe les grands objectifs de l'Union dans le domaine des transports à l'horizon 2050 et propose 40 initiatives à mettre en oeuvre d'ici 2020 (voir encadré). En 2004, une liste de 30 projets prioritaires a été arrêtée. Parmi eux : le tunnel sous-marin du Fehmarn Belt entre l'Allemagne et le Danemark (travaux lancés en 2015) ou encore une ligne de TGV entre Paris et Budapest à l'horizon 2020.

 

LES ROUTES EUROPÉENNES PLUS ENGORGÉES QUE JAMAIS

 

routes.jpgLe grand gagnant de la libéralisation des échanges est le transport routier qui emploie environ cinq millions
de personnes en Europe. Ce secteur (2 % du PIB de l’UE) génère à lui seul 80% environ du CO2 émis par l’ensemble des transports (avec l’aérien, le ferroviaire, le maritime et le fluvial).

 

Actuellement, près de 44 % des marchandises transportées passent par la route, ce qui entraîne des problèmes de pollution et de congestion difficiles à soutenir, même si l’Europe utilise les dernières avancées technologiques dans le cadre de systèmes de transport intelligents (STI) afin de garantir la fluidité et la sécurité de la circulation.

 

Pour parvenir à réduire les émissions de GES, tout en soutenant la mobilité, la stratégie européenne décline des objectifs et solutions (report modal, optimisation des modes de transport actuels, etc.) par type de déplacements : urbains, interurbains et longue distance.

 

Certes, la diffusion des STI dans le transport routier et leurs interfaces avec d’autres modes doivent contribuer à rendre la mobilité plus propre, plus sûre et plus efficace. Mais le schéma directeur européen de report modal est-il approprié ?

 

LES CARBURANTS ALTERNATIFS, LA SOLUTION POUR DÉCARBONER LES TRANSPORTS ?

 

L’offre de motorisations alternatives peut se poser comme une solution face aux énergies fossiles polluantes, cependant le recours à ces carburants (GNV, bioéthanol, électrique et hybride, hydrogène…) soulève des questions multiples liées à la fois à la fiscalité, aux investissements notamment pour la promotion et le développement du réseau de distribution, mais aussi à la dimension écologique.

 

Et même si le nombre de bornes de recharge de voitures électriques « est en train de doubler à Brighton”, au Royaume-Uni, seraient-elles déployées en nombre suffisant pour accomplir la transition énergétique sur tout le continent? Certainement pas.

 

Un autre axe de travail prioritaire est l’harmonisation des conditions sociales dans le transport routier de marchandises.

 

Le Parlement européen souligne que « sans davantage d’harmonisation, le risque est grand, étant donné les différences importantes en matière de législation sociale, que les succès des transporteurs routiers […] ne soient pas tant le résultat de leur efficacité économique que de leur capacité à profiter, de manière légale ou illégale, des conditions de travail les plus favorables.»

 

COMMENT GÉRER LA CONCENTRATION URBAINE?

 

congestion.jpgEn Europe, l’augmentation de la circulation conduit à une congestion dans les zones urbaines et entraîne en particulier une dégradation de l'environnement bâti. Son coût est estimé à quelque 100 milliards d'euros par an (1% du PIB de l’Union).

 

Le développement des titres de transport dématérialisés ou de l’information voyageurs comptent parmi les innovations incitant les voyageurs à opter pour les transports collectifs.

Par ailleurs, soixante millions de personnes bénéficient d’une initiative visant à mettre en place des transports urbains plus propres et plus efficaces. Cette initiative, CIVITAS qui exploite les nouvelles technologies, est financée par l’UE à hauteur de 300 millions d’euros et soutient 200 villes qui constituent son réseau.

 

Par exemple, grâce à la modernisation du système de trams électriques à Zagreb, en Croatie, la ville profite de la dernière technologie en matière d’économies d’énergie: les trams peuvent produire de l’énergie et l’utiliser pour alimenter le réseau d’électricité.

 

À Porto, au Portugal, MOVE-ME est une application proposant des itinéraires recommandés sur la base de données en temps réel couvrant tous les modes de transport.

 

La question de l’accessibilité des transports est aussi synonyme d’inclusion sociale, or les villes continuent de se peupler tandis que se vident les espaces ruraux.

 

La question se pose aujourd’hui avec d’autant plus d’acuité que la perspective du renchérissement du coût des énergies fossiles fait craindre une augmentation de la fréquentation des réseaux de transports publics déjà proches de la saturation.

 

Et quel avenir d’ailleurs pour un financement pérenne et durable de la mobilité ? Est-il envisageable que les entreprises et les administrations contribuent au financement des transports interurbains et du transport ferroviaire régional ?

 

L’HARMONISATION PAR LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE

 

Les conducteurs étrangers représentent 5 % de la circulation routière au sein de l’UE, mais sont responsables de 15 % des excès de vitesse. Une estimation des coûts directs des accidents de la route les établirait à 45 milliards d'euros par an.

 

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(pixabay.com)

  

Or, grâce aux avancées technologiques comme les caméras sur les routes et les autoroutes et aux bases de données informatiques recensant les plaques minéralogiques, identifier la voiture responsable d’une infraction ne pose désormais aucune difficulté.

 

Ainsi le nombre de décès sur les routes européennes a été réduit de moitié, de 70 000 en 1992 à 31 000 en 2010. Cet exemple de coordination forte entre les services administratifs relance la question de l’harmonisation des règles au sein de l’UE.

 

INFRASTRUCTURES DE TRANSPORT : DES RÉSEAUX ÉTENDUS ET DE QUALITÉ

 

La qualité des infrastructures de transport est un atout compétitif pour l’Union européenne, même si aujourd’hui les crédits d’entretien deviennent insuffisants dans un certain nombre de pays. L’augmentation attendue de la mobilité d’ici 2050 (voyageurs ou fret) pose donc la question du volume et du choix des investissements à réaliser pour faire face à cette tendance.

 

Au-delà des mesures nationales qui devront être mises en œuvre pour réguler le trafic et développer des transports alternatifs (autopartage, covoiturage, transports collectifs, etc.), un certain nombre d’investissements devront être mis en œuvre, afin par exemple d’optimiser la logistique ou réaliser la gestion intégrée des corridors de fret ferroviaire.

 

COMMENT FINANCER LES INVESTISSEMENTS ET MIEUX ÉQUILIBRER LES FLUX

 

financer.pngEn 2015, la valeur des marchandises transportées par mer échangées entre l'UE et les pays tiers a atteint une valeur estimée à 1 777 milliards d’euros, ce qui représente environ 51% de la totalité du commerce de biens de l’UE. Pour les importations, la part atteint 53 % alors que pour les exportations, il est de 46 %. Le deuxième mode de transport le plus utilisé est l’aérien, mais loin derrière avec moins de 30 % à l’export et à peine plus de 20 % à l’import. La route arrive en troisième position, avec moins de 20 % dans les deux sens. Le ferroviaire ne dépasse pas les 2 %.

 

Et pourtant le rail est capable d’accélérer… Les trains à grande vitesse ont réduit le temps de voyage ordinaire de 43 % entre Bruxelles et Francfort et de plus de 60 %  entre Bruxelles et Londres!

 

 

QUELLE POLITIQUE DES TRANSPORTS DE L'U.E VOULONS-NOUS?

 

La politique européenne des transports telle qu’elle est appréhendée dans le Traité de Rome relève-t-elle encore de la méthode des « petits pas », appelée également méthode Monnet-Schuman ? Les instruments permettant d’assurer une meilleure gouvernance sont-ils assez pertinents ?

 

Autre question : une politique européenne des transports n’annonce-t-elle pas, à sa manière, le renforcement d’un pouvoir communautaire face aux Etats-membres et « l’avènement d’une territorialité européenne » ?

 

La mobilité se trouve à l’intersection de différents enjeux et politiques communautaires et nécessite donc une coordination des actions menées dans des secteurs variés. Bien que de nombreux aspects de la politique des transports relèvent des gouvernements nationaux, il parait logique de doter le marché unique européen d'une infrastructure de transport unique.

 

« Cette politique devrait viser, en mettant en place tous les instruments nécessaires, à faire de l’Europe un acteur mondial en matière de transports et à transformer l’économie européenne en l’économie de la « mobilité durable » la plus compétitive et la plus dynamique du monde », affirme l’enquête de Terra Nova.

 

Il reste à savoir comment on veut faire « avancer » l'Europe, en libéralisant ou en réglementant davantage, en centralisant ou en laissant à chaque pays le choix qui lui convient le mieux?

 

Tant que se posera la question, « plus d’Europe ou moins d’Europe », nous serons condamnés à faire du sur-place.

 

Le saviez-vous?

 

UN RÉSEAU TRANSEUROPÉEN DE TRANSPORT POUR FLUIDIFIER LES ÉCHANGES

 

Incorporé au traité de Maastricht en 1992, le réseau transeuropéen de transport (RTE-T) vise à améliorer les infrastructures afin de faciliter les échanges au sein du Marché unique.

 

Un des objectifs du programme est d'assurer l'interopérabilité des moyens de transport, de manière à rendre plus fluide l'ensemble du réseau européen.

 

Les infrastructures de transport sont financées par le mécanisme pour l’interconnexion en Europe qui dispose, pour la période 2014-2020, d’un budget de 50 milliards d’euros afin de soutenir le lancement de réseaux transeuropéens performants, durables et unifiés dans les domaines des transports et de l’énergie, ainsi que dans celui du haut débit et des services numériques.

 

Le programme Civitas aide les villes à mettre en œuvre des solutions innovantes pour une mobilité urbaine plus équilibrée et plus propre. Le programme Cute finance la mise en circulation des autobus à hydrogène dans certaines villes européennes.

 

http://www.touteleurope.eu/les-politiques-europeennes/transports/synthese/histoire-objectifs-et-fonctionnement-de-la-politique-europeenne-des-transports.html

 

par Didier Rougeyron, journaliste