La semaine européenne de la mobilité (SEM) a lieu chaque année du 16 au 22 septembre dans de nombreuses villes afin de promouvoir « les bonnes pratiques régionales en matière de transport ».

 

En cette année de mobilisation planétaire pour le climat, la 16e SEM avait pour objectif « d’inciter le plus grand nombre de personnes à adopter une démarche éco-citoyenne pérenne en privilégiant les déplacement doux et alternatifs à la voiture particulière ».

 

Au même moment, la France lançait les Assises nationales de la mobilité. Le but est de déterminer de quels transports du quotidien les Français auront le plus besoin dans les prochaines décennies.

 

L’année s’achèvera par la 23e conférence de l’Onu sur le climat (COP23) qui devrait avoir lieu à Bonn (Allemagne).

 

Pour une mobilité propre, partagée et intelligente

 

Chaque année, la semaine de la mobilité propose un thème de réflexion et d’actions pour inciter les citoyens et les collectivités à opter pour des modes de déplacements plus respectueux de l’environnement. Cet axe, autour duquel des activités sont organisées par les autorités locales des villes participantes, est susceptible d’impulser une dynamique de changement des comportements.

 

C’est du moins l’ambition de l’événement qui a connu au fil du temps des développements, des reculs et rencontré parfois un scepticisme poli.

 

Cette année, pour la 16ème édition, plus de 2400 villes se sont impliquées autour d’une thématique, si l’on ose dire « dans l’air du temps » pour « une mobilité propre, partagée et intelligente ». Afin de réduire ses émissions, il était ainsi conseillé de choisir des modes tels le covoiturage, les trajets à vélo ou bien encore les transports publics.

 


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« Partager pour aller plus loin » était le slogan de la semaine européenne de la mobilité 2017

 

Tout au long de la SEM 2017, divers temps forts ont été programmés, comme la Journée du transport public, les Journées nationales des voies vertes ou la Journée nationale de la qualité de l'air. Pour quelle efficacité réelle et d’ailleurs comment peut-on la mesurer ?

 

L’expérience européenne de la journée sans voiture

 

Le projet européen « Ma ville sans voiture », a été initié par la commissaire européenne à l’environnement, Margot Wällström en 2000.

 

Le mouvement a suscité maints débats et controverses, mais « il a surtout servi d’émulateur, avance Isabelle Allard sur consoglobe.com, en inspirant d’autres projets urbanistiques, préparant leur acceptation, comme le péage urbain de Londres (mis en place en 2003), le réseau vert de Hambourg, de manière indirecte le Vélib’ de Paris (début 2009) ou d’autres villes européennes, l’autolib’ ou encore le projet de transports urbains contrôlés par smartphone et imaginé par la ville d’Helsinki à l’horizon 2025 ».

 

Pour quel bilan ? La Suède, l’Italie, la Finlande, ou le Portugal continuent de soutenir le mouvement chaque année alors que d’autres (Allemagne, France, Royaume uni, Belgique) ont sensiblement ralenti. L’Autriche et la Hongrie qui ont quadruplé leur nombre d’inscrits entre 2002 et 2015 restent très actifs, tout comme l’Espagne, alors que le Danemark qui avait 67 villes participantes en 2002, n’en a plus aucune aujourd’hui.


« Les mesures effectuées par les autorités montrent pourtant clairement des incidences favorables sur les niveaux de concentration de polluants dans l’air ainsi que sur les niveaux de bruit ambiant,» écrit Isabelle Allard.

 

Dans un rapport publié en 2014, la ville de Bruxelles faisait notamment apparaître que la journée sans voiture permettait de diviser par 20 la présence de polluants dans l’air et une réduction des bruits variant de 1 à 10 db de moins selon les stations de relevés.

 

Favoriser une vraie prise de conscience

 

« Cette journée a donc surtout un caractère incitatif, mais elle permet aussi aux habitants des villes, en rompant avec leurs habitudes, de découvrir leur ville sous un autre angle et d’en profiter différemment : moins de bruit, un air plus respirable et des dangers en moins ».

 

Pour Olof Rabe, Mobility Projects Manager, Ville de Malmö en Suède, lauréate en 2016 du EUROPEAN MOBILITY WEEK Award, l’intérêt de la SEM en particulier, est d’essayer « de combiner l'événement avec un projet de développement de la ville ». Il s’agirait d’impliquer les habitants, des propriétaires fonciers, des chefs d'entreprise et d'autres parties prenantes qui sont plus affectées par l'événement et le projet de développement.


Un autre intérêt est de concentrer l'événement à un emplacement spécifique dans la ville. « Liez toutes les activités avec le thème, présentez les mesures permanentes sous la semaine et concentrez-vous plutôt moins, mais avec des activités plus claires et chaque jour », conseille Olof Rabe pour qui il est nécessaire de pouvoir évaluer l’ensemble du projet.

 

Qu’on soit convaincu ou non par ce type de manifestations, on admettra au moins qu’elles ont le mérite d’exister et que leur multiplication ne pourra que favoriser tôt ou tard une vraie prise de conscience.

 

"Décarboner la mobilité dans les zones de moyenne densité, c’est possible !" Voilà le message lancé par le Shift Project (Think Tank) à l’occasion des Assises de la mobilité qui ont démarré en France le 19 septembre 2017. Elles procèdent de la volonté gouvernementale de mieux répondre aux besoins de mobilité du quotidien des Français.

 

Le poids des nouvelles mobilités est certes encore faible comparé aux 32 millions de véhicules particuliers recensés dans le pays, mais il pourrait se renforcer en réponse aux besoins économiques et environnementaux. Particulièrement dans les zones mal couvertes par les transports en commun. Cela suppose de réduire l’utilisation de la voiture, favoriser le vélo (notamment électrique) et encourager le covoiturage.


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Une étude du Shift Project, un think tank qui œuvre en faveur d’une économie post-carbone, montre que ce sont les modes de transport les plus prometteurs pour obtenir la réduction des émissions. Avec le scénario "potentiel maximal", le rapport avance un gain de 3 milliards d’euros par an dans le cas du vélo (par rapport aux frais d'infrastructures et d'équipement actuels) et de 8 milliards d’euros pour le covoiturage !

 

D’ailleurs qui se souciait de partager son véhicule il y a encore quelques années ? Or, selon une enquête réalisée auprès des Français sur la mobilité au quotidien, et diffusée le 20 septembre par iDVroom, 56% des personnes interrogées disent pratiquer le co-voiturage de proximité ou pourraient se laisser tenter par cette pratique.

 

Avec de nouveaux services numériques, le covoiturage dynamique, parfaitement adapté aux trajets courts, permet de synchroniser, en temps réel, les demandes et les offres de trajets à partir d’applications nomades. Aujourd’hui, 400 000 membres font partie de la communauté iDVroom.

 

Réduire les fractures sociales et territoriales

 

Toujours en France, l'entreprise Réseau de transport d'électricité multiplie les initiatives pour inciter ses 8.500 employés à délaisser leurs voitures pour aller au bureau. RTE a doublé l'indemnité kilométrique pour ceux qui se déplacent uniquement à vélo, passant ainsi de 200 à 400 euros par an. Désormais, 5% des salariés se sont mis au vélo. Et ceux qui n'aiment pas le vélo sont incités à prendre les transports en commun. À Nantes, des lignes de bus ont été déplacées pour limiter le temps de marche des salariés.

 

La Semaine européenne de la mobilité est particulièrement l’occasion pour l’ADEME, l'Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, d’accompagner les collectivités et les entreprises à se lancer dans ce défi.

 

Les Plans de déplacements offrent des perspectives intéressantes pour les entreprises, collectivités locales et services des administrations qui souhaitent réorganiser les déplacements de leurs salariés, de leurs visiteurs, de leurs fournisseurs ou clients. Leur application montre qu’ils permettent d'augmenter sensiblement le nombre de salariés qui délaissent leur voiture, de limiter le nombre de places de parking et de favoriser l'usage du vélo, du covoiturage et des transports en commun. Des mobilités mieux organisées, plus solidaires, peuvent ainsi contribuer à réduire les fractures sociales et territoriales.

 

Smartphones et course à l’innovation

 

Lors de la SEM, l’accent a logiquement été mis sur l’essor des nouvelles applications ou plates-formes en ligne (covoiturage, autopartage, deux-roues en libre service etc.) destinées à encourager les citoyens à utiliser d’autres moyens de transport que la voiture individuelle. Les nouvelles technologies permettent déjà de rendre nos trajets plus efficaces, moins coûteux et, en principe, plus respectueux de l’environnement.

 

Utiliser son smartphone pour acheter et valider son titre de transport est aujourd’hui techniquement possible.

 

À l’ouverture de la Semaine Européenne de la mobilité, Wizway Solutions a interrogé les Français sur leurs attentes vis-à-vis d’un tel service. Quelles répercussions sur leur vie quotidienne et leurs habitudes de déplacement espèrent-ils ? 74% des possesseurs de smartphone le plébiscitent pour leurs déplacements dans les transports en commun, 2/3 des Français interrogés pensent que ce service améliorera leur quotidien et 40% considèrent qu’il incitera à utiliser davantage les transports en commun.

 

Certes, mais qui paie le coût sanitaire, social, environnemental des smartphones ? Que deviennent-ils en fin de vie ? Un téléphone portable compte plus de 60 métaux différents, or une vingtaine peuvent être recyclés au maximum actuellement.

 

Les bilans énergétiques fournis par Apple indiquent que l’iPhone 6 émet l’équivalent de 95 kg de gaz à effet de serre (11 % lors de l’utilisation, 85 % lors de la production, le reste en transport et recyclage).

 

7 milliards de smartphones ont été vendus dans le monde depuis 2007. Plus la taille de l’écran est importante, plus les impacts environnementaux sont élevés. Et la tendance est actuellement à des écrans de grande dimension.

 

La course à l’innovation est-elle alors le sésame pour assurer la transition vers un monde moins pollué?

 

Des Assises de la mobilité en France

 

La question sera sans doute au coeur des débats des Assises nationales de la mobilité en France, dont le coup d’envoi coïncidait avec la SEM.

 

Pendant trois mois, les élus, les associations professionnelles et organisations syndicales, ONG, entreprises du secteur des transports et de l’infrastructure et le grand public travailleront à définir les grandes orientations et les priorités d’investissements pour aboutir, début 2018, à une loi d'orientation des mobilités.

 

La nouvelle loi comportera notamment un volet sur la planification à dix ans des grands projets, avec une programmation de leurs financements sur cinq ans, ainsi qu'un volet sur les nouvelles mobilités.

 

Des groupes de travail et des rencontres régionales seront organisés autour de six thématiques : l’environnement, la révolution numérique, les fractures sociales et territoriales, l’intermodalité, la sécurité et la sûreté, la gouvernance et le financement. Une plateforme de consultation sera également ouverte en ligne à destination du grand public. L'ensemble du système de transport du pays doit être repensé d'ici la fin de l'année.

 

Le gouvernement français a déjà précisé que la priorité serait donnée aux transports du quotidien et à la rénovation.

 

Élisabeth Borne, la ministre chargée des Transports, reconnaît que les Assises cibleront davantage les voyageurs, « avec une attention particulière pour les zones rurales et périurbaines ».

 

Les enjeux liés au fret et la logistique seront-ils alors les grands absents des consultations lancées ces trois prochains mois? Pour autant, la ministre n’envisage pas la création d’une nouvelle écotaxe mais s’interroge sur la façon de faire participer les transporteurs routiers étrangers en transit au financement des infrastructures routières françaises.

 

Enjeux locaux, enjeux globaux

 

Une réflexion globale sur l’ensemble des enjeux stratégiques du modèle économique ferroviaire sera conduite en parallèle de ces Assises. Il sera intéressant d’en relever les conclusions à l’heure où Alstom et Siemens concluent le rapprochement de leurs activités dans ce secteur.

 

rail CO2.jpg « Le ferroviaire représente en France 1% du CO2 émis par le secteur des transports dans son ensemble, mais achemine 10% des voyageurs et des marchandises. »

 

De son côté, l’Union européenne prévoit l’ouverture à la concurrence des services ferroviaires domestiques de voyageurs, dont les services régionaux. « L’hégémonie du transport routier en Europe constitue une faiblesse structurelle du point de vue environnemental mais aussi en matière de performance des économies européennes », affirme une récente étude du journal Les Échos.

 

Quel pourrait être alors le scenario de rupture? Comment adapter nos mobilités aux transformations qui agitent nos sociétés?

 

Lundi 25 septembre, le premier ministre français Edouard Philippe annonçait une enveloppe de 57 milliards d’euros dont 7 pour "développer les énergies renouvelables afin d’accélérer l’adaptation de la France aux enjeux du XXIe siècle ».

 

Le même jour, le porte-parole du gouvernement annonçait une hausse de 10 % des taxes sur le diesel en 2018. Ces taxes diesel pourraient augmenter de 31 centimes/litre d'ici 2022.

 

Un nouveau modèle pour atteindre « un avenir soutenable » serait-il en train de se matérialiser sous nos yeux?

 

Organisée par les îles Fidji, la 23e conférence de l’ONU sur le climat (COP23), se déroulera à Bonn, en Allemagne. La communauté internationale doit formaliser la rédaction du manuel de mise en place de l’Accord de Paris avant décembre 2018.

 

Le saviez-vous?

 

Marseille accueille les acteur du transport public

 

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Après les Rencontres nationales de Lyon qui ont enregistré un record de participation en 2015, l’ensemble des acteurs du transport public et de la mobilité se retrouvent à Marseille du 10 au 12 octobre 2017 pour partager les meilleures expériences dans les territoires, confronter les points de vue et découvrir les dernières innovations.

 

La thématique 2017 sera : « Territoires, innovation et concurrence,
les clés d’une mobilité durable au service des voyageurs".

 

Plus d’informations sur www.rencontres-transport-public.fr

 

 

Par Didier Rougeyron, journaliste