Comme un symbole, la COP23 a été présidée mi-novembre par les îles Fidji, un petit État insulaire directement menacé par les conséquences des changements climatiques. En raison de son envergure (200 pays réunis), l’événement a été organisée avec le soutien du gouvernement allemand, de l’État de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et de la ville de Bonn.

 

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Le premier objectif était de poursuivre le processus de négociations pour élaborer les règles d’application de l’Accord de Paris où les États ont convenu qu’il fallait limiter la hausse moyenne des températures bien en-deçà de 2°C. Ces règles seront adoptées lors de la COP24 qui se tiendra en Pologne fin 2018.

 

Les efforts annoncés par les pays dans leurs contributions nationales en amont de la COP21 sont-ils suffisants pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris? Pouvons-nous envisager durablement la décrue des émissions polluantes?

 

Les conséquences des changements climatiques

Hélas à l’heure actuelle les indicateurs sont au rouge. La situation serait même « catastrophique », d’après Erik Solheim, directeur de l’ONU Environnement à l’occasion de la parution d’un nouveau rapport:

 

https://www.unenvironment.org/resources/emissions-gap-report-2016

 

Après trois années de stagnation, les émissions humaines de dioxyde de carbone (CO2) sont en effet reparties à la hausse en 2017. Cette reprise est principalement due à la croissance économique de la Chine, premier pollueur mondial (voir encadré).


C’est le constat majeur des travaux publiés le 13 novembre dans la revue Earth System Science Data, par le consortium scientifique Global Carbon Project (GCP) qui dresse chaque année le bilan des émissions mondiales de CO2.


Selon les projections du GCP, l’année en cours devrait s’achever sur un total d’environ 41 milliards de tonnes de CO2 (GtCO2) émises par la combustion de ressources fossiles, les activités industrielles et l’utilisation des terres, essentiellement la déforestation. « Soit un bilan en hausse de quelque 2 % par rapport à l’année précédente, » indique Le Monde.

 

Si les contributions nationales (NDC) actuellement actées étaient respectées, le monde émettrait encore 52,8 gigatonnes équivalent CO2 (GtCO2) en 2030. Et en fin de siècle, les températures augmenteraient de 3°C par rapport à l’ère préindustrielle. C’est beaucoup trop.

 

Comment dès lors accélérer la transition vers un avenir alimenté par les énergies propres?

 

La contribution du transport

Les dernières estimations de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), publiées en septembre, montrent que les particules fines continuent de provoquer le décès prématuré de plus de 400 000 Européens chaque année. Le transport routier, l’agriculture, les centrales électriques, l’industrie et les ménages sont les principaux émetteurs de polluants atmosphériques sur le continent.

 

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photo D.R

 

« Avec 139,9 millions de tonnes de CO2 émises, le secteur des transports est le mauvais élève français, pointe Le Figaro. Le transport routier en est le principal contributeur, avec plus de 95% des émissions. De plus, les émissions de CO2 du transport routier sont en hausse sur la période 1990-2015, d'environ 10%, alors que celles des autres modes de transports ont traversé une baisse de 13,1% sur la même période. Un rapport (CITEPA) précise que globalement, les émissions proviennent des véhicules particuliers diesel à 43%, des poids lourds diesel à 22% et des véhicules utilitaires légers à 19%. »

 

Or, selon les estimations de la Commission européenne, le transport de passagers devrait augmenter de plus de 50 % d’ici 2050 contre 80 % pour le transport de marchandises, par rapport aux niveaux de 2013. Même si le transport fournit un service essentiel à la société, la surconsommation menace l’équilibre climatique. Il est pourtant possible aujourd’hui de choisir des produits alternatifs présentant un moindre impact environnemental.

 

Maintenant comment mettre au point un système de transport compétitif, réduire la dépendance de l’Europe à l’égard des importations de pétrole et faire baisser de 60 % les émissions de carbone liées aux transports d’ici à 2050 (par rapport aux niveaux de 1990), tout en soutenant la croissance et l’emploi? Comment amener les Européens à choisir des modes de transports plus écologiques?

 

Pour une mobilité plus propre et plus intelligente

Des taxes et des péages plus élevés ne pourraient-ils pas augmenter le coût de l’utilisation d’un véhicule et réduire la demande ?” demande Hans Bruyninckx, Directeur exécutif de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE).

 

La décarbonation du secteur des transports en Europe ne se fera bien sûr pas du jour au lendemain. Ce processus nécessite une combinaison de mesures, notamment une meilleure planification urbaine, une recherche innovante, des améliorations technologiques, une utilisation accrue des carburants alternatifs et une application plus stricte des règles existantes. L’ensemble des investissements dans l’infrastructure et des mesures stratégiques devront également être conçus à cette fin.

 

Les fonds des États membres et de l’UE soutiennent depuis longtemps la recherche de carburants alternatifs, ce qui a donné lieu à de nombreuses améliorations de l’efficacité énergétique et des moteurs. Cependant, des normes communes ainsi qu’une importante infrastructure d’approvisionnement en carburant doivent également être élaborées afin d’encourager une adoption plus généralisée de carburants plus propres, avance l’ AEE. Une utilisation plus large et plus systématique de péages justes et efficaces sur la base du principe du pollueur/ utilisateur-payeur pourrait aider les utilisateurs à effectuer des choix de transport plus durables. “

 

Pour autant, les efforts pour diminuer les émissions de polluants locaux sont parfois contradictoires avec les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, la généralisation des pots catalytiques a freiné les gains d’efficacité énergétique du parc automobile. La technique de l’injection directe qui réduit la consommation des moteurs diesel contribue à accroître les émissions de NOx. L’amélioration de la qualité des carburants, en particulier la désulfuration, nécessite également un accroissement d’émission de CO2 lors du raffinage.

 

Certes, l’industrie automobile ne manque pas de ressources et la compétition est intense entre les constructeurs. Fin octobre, Daimler a présenté un prototype de poids lourd électrique affichant une autonomie de 350 kilomètres. Deux semaines plus tôt, Volkswagen avait confirmé son intention d’investir 1,4 milliard d’euros sur ce segment, promettant un premier modèle dès 2019. Tesla espère tirer profit de son expertise dans les batteries lithium ion pour rivaliser. La société californienne assure que son « Semi » présenté à Las Vegas mi-novembre pourra rouler 800 km sans recharger et naviguer en convoi (platooning) en utilisant les technologies de conduite autonome.

 

L’ère du transport autonome

“Il est nécessaire que d’ici 10 ans, un citadin sur deux utilise les véhicules autonomes tous les jours”, projette Christophe Sapet, fondateur et président de Navya, en rappelant les problématiques de congestion, de pollution et de sécurité sur les routes. Le constructeur lyonnais a présenté début novembre sa nouvelle voiture pour un « service de transport autonome, partagé et électrique.”

 

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La navette autonome Navya en cours d’expérimentation à Lyon Confluence

 

Selon le cabinet Mc Kinsey, trois grands débouchés sont évoqués pour le véhicule autonome : la mise en convoi de camions sur autoroutes, la livraison du dernier kilomètre et les "robo-taxis" qui pourraient aider à décongestionner les villes.

 

De son côté, Volkswagen s'est associée à son compatriote DHL pour tester la livraison de produits dans le coffre des véhicules. Le service, baptisé We Deliver, est expérimenté à Berlin avec une cinquantaine de véhicules. La marque espère en tirer des informations utiles avant de lancer cette offre à plus grande échelle.

 

L’ubérisation des livraisons effectuées en VE par des particuliers sur leur trajet quotidien serait-elle pour demain?

 

Si les citoyens eux-mêmes relevaient le défi, comme de devenir plus éco-responsables dans leurs façons de consommer, bâtir une communauté de conducteurs solidaires, développer de nouveaux types de transport basés sur l’assistance et l'échange? Grâce à l’information, venue en partie des réseaux sociaux, une conscience nouvelle peut émerger au niveau individuel et familial.

 

Encourager l’innovation et les synergies


Réduire le nombre de déplacements en milieu urbain effectués en transport individuel motorisé, promouvoir le report modal vers les modes actifs et le transport public, améliorer l'efficacité énergétique des véhicules, en particulier en tirant partie de l'accélération significative des progrès technologiques et grâce à la régulation, sont les objectifs de MobiliseYourCity.

 

Cette initiative, lancée lors de la COP21 par les gouvernements français et allemand, est constituée d'une alliance de partenaires internationaux (agences et banques de développement, agences de planification des transports et ONG. MYC vise le déploiement de 100 Plans de mobilité urbaine soutenable d’ici à 2020 dans les pays en développement et l’élaboration d’un cadre adapté de comptabilisation des émissions de GES des transports urbains.

 

« Ce ne sont pas les négociateurs qui font bouger les lignes, ce sont les politiques, les entreprises et les citoyens, assure Pascal Canfin, directeur du WWF France. Ce sont aussi les investisseurs, à l’affut d’un projet vert prometteur sur lequel miser.

 

Par leur dynamisme et par leur souplesse, les startups peuvent représenter un levier non négligeable pour aider à réduire l'empreinte de nos déplacements sur le climat, comme WeNow qui analyse en temps réel grâce à un boitier connecté au véhicule le mode de conduite, la consommation de carburant au litre et les émissions de CO2 libérées. Pratiquer l’écoconduite permet à la fois de faire des économies de carburant et de relâcher moins de polluants dans l’atmosphère.

 

Cela n’empêchera pas les contraintes qui paraissent de plus en plus incontournables. Face à l’urgence de la situation, une lettre ouverte, historique, signée par plus de 15 300 scientifiques de 184 nationalités différentes à l’ouverture de la COP23, alerte sur l’absolue nécessité de changer radicalement notre mode de vie.

 

Les investissements dans les énergies renouvelables

 

Il existe des mesures évidentes à prendre. Lors des déplacements urbains, l'immense majorité des conducteurs sont seuls dans leur véhicule. En Europe, ce taux est particulièrement bas pour les trajets pendulaires, c'est-à-dire les déplacements journaliers entre domicile et lieu de travail : moins de 1,3 personnes par voiture.

 

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Photo D.R

 

Un tel constat n’a pas échappé à la start-up Less, une nouvelle application mobile de covoiturage courtes distances, qui vient d'officialiser sa première levée de fonds à hauteur de 16 millions d’euros. Les projets de ce type fourmillent sur la planète, portés par des investisseurs, des associations et des citoyens inspirés.

 

Maintenant, derrière les promesses de décarbonation de l’économie, le greenwashing et les paroles politiques, peut-on compter sur une réelle volonté des États?

 

Certes ils peuvent imprimer le tempo et fixer les objectifs, poser des contraintes et sanctionner. Cela suffira-t-il à inverser la tendance?

 

Les investissements dans les énergies renouvelables réalisés dans les pays hors OCDE ont chuté de 111,4 à 151,6 milliards de dollars entre 2015 et 2016. A elle seule, la Chine, premier marché mondial, est responsable des trois-quarts de cette baisse mais les autres pays ont également connu des diminutions de leurs investissements.

 

Dans son rapport « New Energy Outlook,» Bloomberg New Energy Finance évalue à 8.700 milliards le montant qui sera investi dans les énergies décarbonées d'ici à 2040. Mais pour respecter l'objectif de l'Accord de Paris (limiter à +2°C la hausse moyenne des températures), il faudrait allonger cette enveloppe de 5.400 milliards…

 

Impliquer les entreprises

 

Relever le défi climatique, c’est possible, affirme pourtant Greenpeace. « Dans le monde, le secteur des énergies renouvelables emploie désormais plus de 9,8 millions de personnes et se déploie à une vitesse exponentielle. Même aux États-Unis, n’en déplaise à D. Trump, le développement est 12 fois plus rapide que l’ensemble des autres secteurs. »

 

D’ailleurs l’Inde elle-même mise sur l’énergie solaire pour assurer sa transition énergétique. Troisième pays le plus émetteur de gaz à effet de serre, son souhait est d’atteindre 100 gigawatts de solaire en 2022, une nouvelle stratégie évaluée à 2.500 milliards de dollars.

 

Ex- directeur de la prospective et du développement durable du groupe Michelin et Cofondateur du Paris Process on Mobility and Climate (PPMC), Patrick Oliva exhorte les entreprises à prendre réellement la main face aux enjeux climatiques et environnementaux contemporains, dans une tribune publiée sur le Huffington Post Québec :

 

"Je suis convaincu que les entreprises doivent être plus impliquées dans la lutte contre les changements climatiques puisqu'elles ont une influence mondiale incomparable et détiennent le pouvoir de faire réellement changer les choses. C'est par elles seules qu'une harmonisation internationale pourra exister. C'est indéniablement aussi une question de survie pour elles. Au niveau de la décarbonation et de la qualité de l'air, les entreprises doivent s'unir et travailler ensemble, intensifier leurs efforts de mise en œuvre de solutions concrètes avec les gouvernements, les villes et les territoires. »

 

Autant de sujets qui alimenteront la prochaine édition de Movin'On, le sommet mondial de la mobilité durable, du 30 mai au 1er juin 2018 à Montréal.

 

Le saviez-vous?

 

La préservation de la planète est elle compatible avec la croissance mondiale?

 

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Crédit : Pexels com /Pixabay

 

Les données rassemblées par les scientifiques du GCP suggèrent que le découplage entre croissance économique et croissance des émissions de carbone est possible : au cours de la décennie 2007-2016, vingt-deux pays représentant un cinquième des émissions mondiales ont ainsi vu leurs productions de CO2 diminuer tout en parvenant à faire croître leur économie. C’est toutefois encore loin d’être une règle générale, souligne Le Monde.

 

Au cours des dix dernières années et dans la majorité des cas – pour cent un pays représentant la moitié des émissions –, faire grimper le produit intérieur brut entraîne mécaniquement la production de CO2.

 

La Chine en demeure le premier émetteur avec 10,2 GtCO2, soit plus du quart des émissions mondiales. Viennent ensuite les Etats-Unis (5,3 GtCO2), l’Inde (2,4 GtCO2), la Russie (1,6 GtCO2), le Japon (1,2 GtCO2), l’Allemagne (0,8 GtCO2)… La France arrive à la 19e place, derrière le Royaume-Uni et l’Italie. Dans son ensemble, l’Union européenne pointe en troisième position avec 3,5 GtCO2.

 

Par Didier Rougeyron, journaliste