Horizon 2020 (ou H2020) est le programme-cadre de l'Union Européenne en faveur de la recherche et l'innovation, pour la période 2014 - 2020. Doté d'un budget global de 80 milliards d'euros, il se décline en trois priorités complémentaires : excellence scientifique, primauté industrielle et défis de société.

 

Les « transports intelligents, verts et intégrés » font partie des défis prioritaires identifiés par l’Union européenne et bénéficient à ce titre d’une enveloppe de près de 7 milliards d’euros.

 

Compétitivité et durabilité

 

Ce programme spécifique cible « un système de transport européen économe en ressources, respectueux de l'environnement, sûr et continu au bénéfice des particuliers, de l'économie et de la société ».

 

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photo D.R

 

Au 30 septembre 2017, tous secteurs confondus, H2020 avait enregistré la participation de près de 80 000 acteurs, publics comme privés. 16 178 projets ont été retenus et 14 765 contrats signés.

 

Outre la qualité de l’innovation, l’obtention des aides, après appel à projets, est conditionnée, à un certain nombre de conditions fixées par l’UE.

 

Parmi les critères d’évaluation, la contribution à la compétitivité, l'emploi et la croissance avec des impacts sociaux est attendue.

 

ll s’agit en définitive de proposer une solution qui réponde au défi posé.

 

Voie aérienne, route, rail, logistique, systèmes de transports intelligents (ITS) et infrastructure, développement des véhicules « verts » et exploration de concepts de transports innovants… le champ est large.

 

Justement, l’approche se veut holistique. Elle
doit répondre aux exigences des politiques concernées, rapprocher compétitivité et durabilité, mettre l'accent sur les défis sociétaux auxquels peuvent contribuer notamment les solutions intelligentes.

 

Des enjeux très concrets

 

Les objectifs de H2020 visent clairement l’amélioration substantielle de la mobilité des biens et des personnes en Europe, le développement de nouveaux concepts de transport de fret et de logistiques, mais encore la réduction des taux d'accidentalité, des morts et des blessés par l’amélioration de la sécurité sur les routes (28 000 morts/an dans l'UE).

 

Aux ambitions de répondre aux enjeux environnementaux et sociétaux auxquels l'Union européenne doit faire face, s’ajoute la volonté de dynamiser la compétitivité des industries européennes du secteur.

 

L’Europe peut devenir le continent qui invente l’avenir et ainsi attirer capitaux et talents du monde entier. C’est une occasion à ne pas laisser passer, » préviennent Alain Trannoy Directeur d’études à l’EHESS, directeur de l’Ecole d’économie d’Aix-Marseille et Vincent Aussilloux, Chef du département Économie-Finances de France Stratégie.

 

Pour l’UE, les enjeux sont en effet très concrets. Favoriser l’innovation peut tout d’abord permettre de préserver et accroître les parts de marchés et les emplois dans le contexte d’une sévère concurrence internationale. L’Inde ne vient elle pas d’annoncer que tous les véhicules neufs vendus sur son territoire seront électriques d’ici à 2030?

 

En Chine, les industriels d’origine étrangère, et notamment les Européens, dominent le marché sur les modèles à moteur thermique mais ce sont les constructeurs chinois qui sont leaders sur le véhicule électrique. On estime que ces derniers représenteront, en 2018, 20 % des ventes de la production automobile du pays.

 

Ce sont aussi la Corée, le Japon et la Chine qui détiennent les plus fortes capacités de production en matière de batteries et les meilleures technologies. Enfin ce sont des entreprises américaines qui inventent le modèle automobile de demain, autonome et électrique, grâce aux investissements massifs dans des technologies nouvelles réalisés par Tesla, Google, Uber etc. « Il est inutile de se voiler la face, à ce rythme l’Europe est en passe de rater la révolution du secteur automobile, après avoir raté la révolution numérique, » considèrent Alain Trannoy et Vincent Aussilloux.

 

Les objectifs politiques du “défi transports”

 

Pour autant les enjeux vont bien au delà des retombées économiques à court terme.

 

D’une part le programme peut donner l’impulsion pour le développement de la prochaine génération de moyens de transports afin de garantir les parts de marché dans le futur. D’autre part il va dans le sens de la lutte contre le changement climatique et de la dépendance au pétrole puisqu’il peut permettre de réaliser des économies d'énergie, diminuer les émissions polluantes et améliorer la qualité de l'air (30% du CO2 émis provient du transport).

 

Enfin combattre la saturation des réseaux de transports pour développer le transfert modal peut à la fois profiter à la fluidité du trafic, au climat… mais également à la fois aux usagers et citoyens européens, réunis dans l’espérance d’une meilleure qualité de vie et d’une sérieuse prise en considération de leur santé.

 

En effet la pollution de l'air pourrait provoquer 6 à 9 millions de décès prématurés d'ici 2060 et coûter 1% du PIB mondial, soit quelque 2.600 milliards de dollars par an, prévient l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) dans un rapport sur les conséquences économiques de la pollution de l'air publié l’an dernier.

 

Ce qui est certain c’est que l’Europe a des atouts à faire valoir et les projets de coordination et d'actions de soutien peuvent être extrêmement efficaces, tel ce cas pilote pour accélérer le captage, le transport et le stockage du carbone en Europe (CCS). Appelé Gateway, il « démontre comment transporter le CO2 émis en Europe vers un lieu de stockage central en mer du Nord de façon simple, sûre et rentable», déclare Marie Bysveen, coordinatrice du projet financé par l'UE.

 

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Rotterdam Nucleus fournira ainsi les bases d'une infrastructure pour le transport d'importants volumes de CO2 depuis l'Europe continentale vers des sites de stockage situés dans des zones néerlandaises et britanniques de la mer du Nord. Cette technologie permet d'éviter que de grandes quantités de dioxyde de carbone (CO2), émises par les combustibles fossiles, ne pénètrent dans l'atmosphère.

 

« Il pourrait s'agir d'une étape fondamentale vers le déploiement du CCS en Europe», souligne Madame Bysveen.

 

Pour atteindre les objectifs climatiques à long terme d'une réduction de 80 à 95 % des émissions de CO2 par rapport aux années 1990, le CSS serait une solution d'atténuation essentielle dans les secteurs industriel et énergétique.

 

Réduire les coûts d'exploitation à tout prix !

 

Soutenu également par l’UE, I-Fusion est un projet de véhicule à alimentation intelligente qui permet d’analyser la qualité des carburants en temps réel et de transmettre les données jusqu’à l’ordinateur chargé du contrôle du moteur. Ces informations lui permettront d’optimiser son fonctionnement et donc d’en limiter les coûts.

 

« Le capteur fonctionne comme un scanner infrarouge qui identifie chaque 20 secondes la structure moléculaire du carburant, son ADN », indique Alain Lunati, président de la société SPH3.

 

 

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Le capteur optique a été pensé et conçu par la société aixoise SPH3
spécialisée dans la recherche de solutions éco-innovantes (Photo Philippe Maillé)

 

Les industriels européens en profiteront-ils pour se mobiliser davantage en faveur du moteur diesel et plus largement du moteur thermique ?

 

Faut-il chercher sans cesse à optimiser une technique ancienne ou investir massivement dans les technologies de demain ?

Deux grandes tendances traversent actuellement le secteur automobile, si on excepte l’émergence du véhicule autonome dont il sera question ensuite: la mobilité durable (sustainable mobility) et la nouvelle expérience de vie à bord (smart life on board). Leur potentiel de croissance est estimé de 60 à 65 milliards d’euros d’ici à 2025.

 

Le véhicule autonome comme relais de croissance

 

L’appel à projets 2018-2020 d’Horizon 2020 (voir encadré) cible en particulier un meilleur déploiement des véhicules connectés et automatisés. Les bénéfices attendus devront se mesurer par le degré d’acceptabilité de la société, mais encore par les impacts socio-économiques et environnementaux.

 

Plus précisément, le programme ART (Automated Road transport) couvre l’étude de la fiabilité et la sécurité de flottes de véhicules en zone urbaine, hautement automatisés et partagés, des services intelligents et des concepts de gestion de flotte innovants. Les objectifs sont d’accroître la sécurité, l’efficacité et le confort de l’utilisateur ainsi que « l’habitabilité » des villes.

 

L’autre sujet phare est appelé « mobilité pour la croissance » et a pour ambition d’allier compétitivité et bien être des citoyens, dans un contexte de réduction des émissions de carbone et de sécurité. Par exemple, doivent être mis en œuvre des moyens de transport plus performants et utilisant des technologies de pointe, favorisant une plus grande accessibilité, ainsi qu’une mobilité plus silencieuse et plus sûre.

 

Enfin le thème « véhicules verts » d’H 2020 pour la même période vise un transport propre et une société décarbonée. Les appels à projets sont ciblés sur les aspects critiques de l’introduction massive des véhicules électriques, ce dont personne ne doute même si elle tarde à se réaliser.

 

La progression des véhicules électriques en France

 

 

Or la demande croissante en voitures électriques va de pair avec le développement de moteurs et de transmissions électriques efficaces et silencieux.

 

Ainsi une équipe de scientifiques roumains, là encore financée par l'UE dans le cadre d’H 2020, a utilisé une approche multi-physique pour simuler les moteurs synchrones à aimants permanents (PSMS) et les moteurs à réluctance commutée (SRM) au niveau du composant.

 

Les travaux du projet ont couvert l'ensemble du processus de modélisation, depuis le développement initial jusqu'à la conception détaillée des composants, en prenant en compte tous les aspects importants tels les performances et la gestion énergétique, la sécurité, l'autonomie, le confort et le bruit.

 

Bien sûr l’innovation ne vaut que si la demande existe. Est ce que le marché des véhicules électriques se résume encore à l'insoluble équation entre le manque d’infrastructures, le manque de voitures développées par les constructeurs et le manque d’incitation des gouvernements? Pas si sûr.

 

L'Agence internationale de l'énergie (AIE ) salue en effet la progression du marché des véhicules électriques et surtout les projets en la matière, notamment le programme prévoyant en France 7 millions de bornes de recharge en 2030.

 

Est-ce vraiment réaliste ? A ce jour, environ 15 000 bornes de recharge ont été déployées dans l’espace public par les collectivités et les acteurs privés (Auchan, EDF, Ikea, Nissan…). A cette infrastructure s’ajouteront, d’ici à 2019, près de 20 000 nouvelles bornes financées via le Programme des Investissements d’Avenir (PIA). Le parc français de véhicules électriques et hybrides rechargeables est estimé aujourd’hui à 100 000 unités.

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Photo D.R

 

Sur ce sujet, Laurent Michel, directeur général de l'énergie et du climat au ministère du Développement durable, souligne la grande inertie d'un secteur qui implique de transformer aussi bien un système que des parcs de véhicules. Il en appelle à Bruxelles pour édicter des standards pour les véhicules légers mais aussi pour les poids-lourds qui sillonnent l'Europe de part en part.

 

Vers quel avenir roulons-nous ?

 


Pour Paul Simons, directeur exécutif adjoint de l'AIE, le double enjeu consiste pour le pays à transformer, dans le même temps, son système énergétique et l'organisation de son marché. C’est ici que se trouve exactement le talon d’Achille de l’Europe : les intérêts des différents pays de l’UE ne convergent pas forcément.

 

Ainsi Alain Trannoy et Vincent Aussilloux soulignent pour conclure que l’Europe doit offrir toutes les qualités d’un marché unique et permettre de « rentabiliser sur un ensemble de grande dimension des investissements lourds » afin de bénéficier d’économies d’échelle.

« Même sans la décision du président Trump, bâtir le marché unique de l’énergie pour et, ainsi, réaliser la transition prévue par l’Accord de Paris au plus bas coût possible, est dans l’intérêt des consommateurs européens».

Alors saurons-nous relever le défi d’une primauté globale pour l'industrie européenne des transports, comme l’UE la réclame de ses voeux?

 

C’est le moment d’accélérer. Si les tendances se poursuivent au rythme actuel, le nombre de passagers devrait augmenter de moitié en Europe d’ici à 2050, échéance des travaux de prospective sur les transports menés par la France et l’Union européenne. Quant au transport de marchandises, on estime qu’il devrait croître de quelque 80 %.

 

Le saviez-vous?

 

Les axes majeurs de l’appel à projets 2018-2020

 

Le chantier H 2020 pour 2018-2020 a été présenté à Paris, le 10 novembre dernier, par Bastien Pincanon de l’UPEM (Université Paris-Est Marne-la-Vallée) et référent national Transport.

 

Ce programme de travail prend en compte les besoins des citoyens, entreprises et marchés européens, le développement durable au niveau international et la lutte contre le changement climatique (COP21 et objectifs fixés par l’ONU), ainsi que l’évaluation à mi-parcours d’Horizon 2020 avec une importance accrue accordée aux activités d’innovation et de démonstration.

 

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photo D.R

 

 

 

4 domaines clés ont été définis:

 

  1. Construire un avenir avec faibles émissions de carbone et procédés résistants aux phénomènes climatiques,
  2. Numériser et transformer l’industrie et les services,
  3. Relier les avantages économiques et environnementaux dans une économie circulaire
  4. Renforcer l’efficacité en matière de sécurité.

 

 

Par Didier Rougeyron, journaliste