Entre normes de plus en plus drastiques et scandales retentissants, l’utilisation du diesel en Europe est aujourd’hui sérieusement remise en question. Serait-ce le début de la fin d’une époque?... Une chose est certaine, l'industrie automobile revoit globalement sa stratégie moteurs pour réduire son offre diesel et se tourner vers des technologies d’avenir.

 

 

 

Depuis le scandale "dieselgate" ayant touché le groupe Volkswagen (puis Renault, Opel et Mitsubishi), le marché du diesel est en pleine crise de confiance. Il a plongé en Allemagne de 7% en 2017 et la demande pour ce type de moteurs est en baisse constante depuis 6 ans. Leur part de marché maximale qui était de 56% en Europe en 2012 ne sera sans doute plus jamais atteinte. Le CCFA (Comité des Constructeurs Français d’Automobile) a prévu que cette proportion passera à 50% en 2020.

 

Enjeu majeur de santé publique

 

petrol-stations-3226494_960_720.jpg

« En seulement une année, environ 500.000 ventes de voitures diesel se sont évaporées»

Crédit : mrganso/ pixabay.com

Décrié notamment par l'Organisation mondiale de la santé et soumis à des normes européennes qui sont parmi les plus sévères au monde, le diesel voit son image se dégrader en même temps que ses ventes et la qualité de l’air dans les villes. Selon Bruxelles, la pollution serait responsable de 45 000 décès prématurés par an rien qu’en France.

 

Même s’il n’est pas le seul en cause, le diesel dont la consommation a longtemps été encouragée, est désormais pointé du doigt. Toyota parle de renoncer à vendre des véhicules utilisant cette ressource énergétique en Europe d’ici à la fin de l’année. Pour Johan van Zyl, patron Europe de la marque nippone, le moteur diesel va disparaître tout simplement du marché des particuliers. Inversement, Matthias Muller, le patron de Volkswagen, reste persuadé qu’il connaîtra un deuxième souffle, pour autant qu’il soit couplé à un système hybride performant. 

 

Ces villes européennes qui veulent bannir les véhicules diesel

 

Et pourtant, dans certaines grandes villes d’Europe, les véhicules diesel sont devenus la bête noire des pouvoirs publics. Oslo et Amsterdam ont adopté des plans destinés à leur en interdire progressivement l’accès. On se souvient également que la maire de Paris, Anne Hidalgo, souhaitait voir disparaitre ces motorisations de ses rues d’ici 2020. Et ce 21 mars, Virginia Raggi, la maire de Rome a annoncé que les véhicules de ce type seraient bannis du centre de la capitale italienne d’ici 2024. 

 

paris-918906_960_720.jpg
« Trafic sur les Champs-Élysées à Paris » Crédit : Free-Photos/ pixabay.com

 

 

 

 

Cependant, pour Laurent Hecquet, fondateur du think tank Automobilité & Avenir : «Dire que nous assisterons à l’éradication du diesel est une utopie. Nous allons connaître très certainement un rééquilibrage naturel et logique du parc roulant qui sera composé de différentes technologies dont le diesel dernière génération restera malgré tout une technologie fiable écologiquement et adaptée économiquement aux besoins d’une partie de la population.»

 

Sur le site www.moteurnature.com Laurent J. Masson s’interroge: comment blâmer ceux qui achètent diesel et faut-il choisir entre la lutte globale contre les changements climatiques, ou en faveur d'un air moins pollué localement ? « Si 10 millions d'automobilistes roulent 10 000 km par an avec un diesel, cela fait une économie de 1 milliard et demi de litres de carburant. Ce qui aura évité l'émission d'environ 37 500 tonnes de CO2.»

 

Faudra-t-il au final interdire tout type de moteur à combustion ? Est-ce l’amorce d’un tournant décisif pour les véhicules électriques? Qu’en pensent les pétroliers ?

 

Les consommateurs auront le dernier mot

 

En dépit des tensions autour de l’avenir du diesel, les grossistes en carburants sont encore loin de s’émouvoir. Le 22 mars, à l’occasion du FT Commodities Global Summit qui s’est tenu à Lausanne, ils faisaient le simple constat qu’une voiture sur cent est actuellement électrique.

 

«Aujourd’hui, les énergies fossiles assurent 81% des besoins énergétiques, peut-être que cette part diminuera à 70-75% dans quinze à vingt ans», relativisait ainsi Marco Dunand, le patron de Mercuria. Jeremy Weir du groupe Trafigura lui emboitait le pas : «Nous assisterons à une augmentation continue du marché pétrolier, au moins jusqu’en 2035.» Autrement dit, il n’y a pas le feu au lac voisin.

 

Ce qui est certain c’est que l'industrie automobile investit désormais largement dans la voiture de demain, de préférence électrique et autonome. Le patron de Fiat Sergio Marchionne l'a rappelé au récent salon de Genève, le choix n’est plus permis. D’ailleurs, même si la performance des nouveaux véhicules répond aux dernières normes diesel européennes, les consommateurs préfèrent se tourner vers d’autres énergies considérées comme moins polluantes, à commencer par  l'essence ou la motorisation hybride.

 

Et tout en misant sur une «renaissance» du diesel, le groupe VW a tout de même annoncé vouloir consacrer plus de 34 milliards d'euros à sa voiture du futur (dont 20 milliards dans l'électrique) d'ici à 2022.

 

Par Didier ROUGEYRON, journaliste