Une association hollandaise de défense de l'environnement a menacé d'attaquer en justice Royal Dutch Shell qu’elle accuse de ne pas aligner sa politique sur les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat. La compagnie pétrolière était depuis longtemps consciente de l'impact de son industrie sur l'environnement.

 

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Shell savait que son activité polluait : c’est ce qui ressort d’un rapport de 1988 révélé par un journaliste hollandais
Crédit : pixabay.com/ Free-Photos

 

Un journaliste du magazine hollandais en ligne « De correspondent » a révélé un rapport interne confidentiel d'une centaine de pages qui montre à quel point le géant pétrolier était conscient depuis des années des risques que son industrie faisait peser sur l’environnement. On apprend ainsi que Shell, dont le siège est à La Haye, avait constitué un groupe de travail sur l'effet de serre dès 1981 et qu’une étude a été menée par des scientifiques de la compagnie pétrolière en 1986.

 

Mis en ligne dans son intégralité sur ClimatFiles, le document détaille l'ampleur des connaissances du groupe sur l'impact environnemental de son secteur d'activité et  des risques pour l'avenir de l'humanité.

 

Un rapport confidentiel dépourvu d’ambiguïté

 

Dès l'introduction, les scientifiques pointent que « si le CO2 émis dans l'atmosphère est la conséquence de différents processus, la cause principale de son augmentation provient de la combustion de carburants fossiles. 44 % des émissions totales de CO2 proviennent de la combustion du pétrole, 38 % de celle du charbon et 17 % du gaz », peut-on lire dans ce rapport interne dépourvu d’ambiguïté. « À partir du moment où le réchauffement climatique sera détectable, il pourrait déjà être trop tard pour prendre des contre-mesures effectives pour en réduire les effets, ou même stabiliser la situation. Et l'industrie de l'énergie doit s'interroger sur son rôle ».

 

 

Cependant, « l'histoire montre que Shell n'a pas fait montre d'un zèle particulier en la matière », souligne le journal Les Echos. En 1997, le groupe s’était par exemple opposé au protocole de Kyoto.

 

Al Gore a twitté ce 6 avril à la suite de ces révélations: « C’est prouvé, Shell savait tout des violentes tempêtes résultant de la crise climatique dans les années 1980. Mais ils n’ont rien fait. Nous devons exiger mieux et passer à l’énergie propre ! »

 

Dans un communiqué publié mercredi dernier, l'association "Les Amis de la Terre Pays-Bas" annonce qu'elle attaquera Shell en justice si la compagnie pétrolière “ne répond pas à ses demandes d'arrêter sa destruction du climat", ajoutant que la "politique actuelle de la compagnie était en contradiction avec les accords de Paris".

 

Royal Dutch Shell a deux mois pour éviter un procès inédit.

 

"Si l'action en justice aboutissait, cela limiterait considérablement les investissements de Shell dans le pétrole et le gaz à l'échelle mondiale et la forcerait à se conformer aux objectifs climatiques", a estimé Karin Nansen, la présidente des Amis de la Terre International.

 

"Shell reconnaît depuis longtemps le changement climatique et soutient fermement l'accord de Paris", a réagi la compagnie pétrolière dans un communiqué envoyé à l'AFP. "Mais nous croyons que le changement climatique est un défi sociétal complexe qui n'a rien à faire devant les tribunaux", a-t-elle tenu à préciser.

 

Les résultats du géant pétrolier ont connu un bond spectaculaire en 2017, le bénéfice net ayant pratiquement triplé à la faveur de la remontée des cours du pétrole et du gaz, passant à 10,5 milliards d'euros.

 

Par Didier ROUGEYRON, journaliste