Avec un trafic automobile toujours plus important dans les grandes villes européennes, le vélo de transport revient en force. En Allemagne, porté par une batterie d'initiatives destinées à lutter contre la pollution, ce mode de transport original, alternatif et non polluant s’apprête à bousculer l'hégémonie des voitures et camionnettes. La cyclo-logistique redémarre.

 

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« Un cycliste au guidon de son vélo-cargo à Berlin, le 15 avril 2018. »

Source : © AFP/Archives /ODD ANDERSEN

 

 

Très courants en Europe du Nord jusqu'au milieu du XXe siècle pour les livraisons locales, les premiers vélos équipés d'une caisse ont été utilisés par les commerçants pour acheminer notamment le courrier, les journaux, le pain et le lait. Pendant la guerre, ils ramenaient aussi des vivres de la campagne. Et puis ils ont été mis au rebut, chassés par la motorisation.

 

Leur retour, « depuis une vingtaine d'années, s'est d'abord limité aux Pays-Bas et au Danemark - bastions cyclistes plats et sillonnés de pistes - avant de gagner l'Allemagne, considérée comme le premier marché européen en volume », relate Coralie Febvre de l'AFP.

 

Avec le progrès, des modèles plus légers, plus techniques, équipés parfois de l'assistance électrique en rendent l’usage plus pratique et confortable. Même si on peut installer sur un vélo cargo les charges les plus variées, les postiers en sont de loin les plus grands utilisateurs. Mais le secteur se refait une jeunesse. 

 

Le dernier décompte du projet européen Cyclelogistics relevait 174 types de cargos, alors qu'une cinquantaine de jeunes marques participaient au récent Salon international du vélo-cargo à Berlin. "Le scandale du diesel est une incitation très importante", explique à l'AFP Arne Behrensen, principal promoteur en Allemagne de ce mode de transport. 

 

Une industrie renaissante

 

Même si des entreprises comme UPS ont constitué depuis 2012 des flottes étoffées, la production de vélos-cargos demeure encore largement artisanale. Outre les coursiers, les premiers adeptes sont justement des artisans, ou des vendeurs, aptes à déployer un matériel ou des produits légers. Cependant, la liste des métiers qui peuvent utiliser un vélo utilitaire au quotidien s’allonge : plombier, fleuriste, électricien, paysagiste, café ou glacier ambulant et même ludothèque mobile ! À Besançon, la société de coursiers Véloconnect s'est lancée sur le créneau du déménagement en ville depuis le début 2018.

 

"Dans les villes européennes, la moitié des trajets motorisés destinés au transport de charges pourraient être effectués à vélo", estimait dès 2014 Karl Reiter, coordinateur du projet Cyclelogistics, en prenant en compte les parcours de moins de 7 kilomètres avec moins de 200 kg à bord.

 

L’équipement est néanmoins à bien réfléchir. Il faudra débourser entre 1.300 et 5.000 euros selon les modèles. D'où la multitude d'initiatives, sur fonds publics ou sur dons, pour faire découvrir ces engins gratuitement. Pour la seule ville de Berlin, 150 entreprises bénéficient, depuis mai 2017, de cargos prêtés dans le cadre du programme Velogut, tandis que les particuliers peuvent en réserver en ligne. La ville vient d'annoncer des subventions de 500 à 1.000 euros selon les modèles. Parallèlement, l'État allemand verse depuis mars jusqu'à 2.500 euros pour l'achat d'un gros cargo à assistance électrique.

 

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« À deux ou trois roues, le vélo cargo peut transporter du fret ou même des personnes. »

Source : www.cyclable.com.jpg

 

Mais l'étape décisive pour cette industrie naissante, selon les spécialistes, concerne les infrastructures: pistes cyclables, stationnements sécurisés et réparateurs faciles d’accès. L'association Paris En Selle et le collectif pour entrepreneurs Les Boîtes à Vélo revendiquent, d’abord pour le travail des cyclo-professionnels, de nouveaux aménagements avec des pistes cyclables élargies dans la capitale française.

 

Pour les logisticiens, il faut aussi créer des "mini-dépôts" urbains, d'où faire partir leurs cyclistes pour les derniers kilomètres, une équation ardue au prix actuel du foncier.

 

Alors, l’avenir des centres urbains est-il vraiment au vélo cargo ? Il est en lui-même un bon support de communication et de publicité. Mais l'argument commercial majeur, c'est le prix: « En moyenne 40% moins cher que les prestations motorisées », assurent les trois jeunes cofondateurs de Toutenvélo au quotidien Ouest-France qui proposent un catalogue de remorques sur-mesure fabriquées dans leur atelier rennais.

 

Au-delà de la surprise qu’il suscite, ce véhicule insolite est simple d’entretien, souvent plus rapide en agglomération que les voitures de livraison, meilleur pour la qualité de l’air, sans compter les gains de temps (stationnement, embouteillages, restrictions de circulation) et… le plaisir de l’exercice physique combiné à la fonction transport. Toute sorte d’entreprise pourra en faire l’expérience, du moment qu’elle est « vélo compatible ».

 

 

 

Par Didier ROUGEYRON, journaliste

(Sources : AFP, www.lesboitesavelo.paris, bfmbusiness.bfmtv.com)