Les ingénieurs de Michelin, Agnès Poulbot et Jacques Barraud, lauréats du Prix de l'inventeur européen dans la catégorie Industrie, ont mis au point une bande de roulement de pneu aux propriétés auto-régénérantes, grâce à l'impression métallique 3D. Leur invention permet d'allonger la durée de vie des pneumatiques de 15 à 20 %.

 

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« Agnès Poulbot avec son pneu pour camion qui se régénère »              (photo OEB)

 

Créé il y a douze ans, le Prix de l'inventeur européen récompense des chercheurs exceptionnels du monde entier qui ont déposé des brevets auprès de l'office européen des brevets (OEB).

 

La remise des prix 2018 a eu lieu jeudi 7 juin 2018 à Saint-Germain-en-Laye, près de Paris. Le palmarès couronne quatre femmes, dont une Française dans la catégorie « Industrie », Agnès Poulbot, mathématicienne et chercheuse chez Michelin, primée avec son collègue Jacques Barraud (décédé en 2016), expert en conception et production de pneus pour poids lourds.

 

L'invention porte sur un design de pneumatique spécifique qui permet de faire apparaître de nouvelles sculptures remplaçant celles qui sont usées par le roulement. Le procédé garantit ainsi une adhérence et des performances constantes tout au long de la vie du pneu. Il permet d’améliorer la durabilité du produit et de réduire la consommation, donc les émissions de CO2. « Ce qui se régénère, ce sont les creux, pas la gomme », résume Agnès Poulbot, soulignant que le pneu représente « pour un poids lourd, un quart de la consommation» du véhicule et que son invention engendre un gain de consommation d'un litre aux 100 km.

 

Elle estime d’autre part que si tous les pneus Michelin des poids lourds en Europe étaient équipés de cette technologie, cela permettrait d'éviter chaque année l'équivalent d'un mois d'émissions de CO2 d'une ville comme Paris.

 

Pour arriver à ce résultat, elle a créé avec Jacques Barraud un moule spécifique afin de façonner les sculptures des bandes de roulement en trois dimensions et de permettre la production en série.

 

Commercialisée dès 2013, l'impression 3D métallique équipait environ 170.000 pneus Michelin en 2017. La firme estime qu'elle vendra 670.000 pneumatiques PL d'ici 2019, soit 15 % du total de ses ventes de pneus poids lourds. Et vise les 30 % d'ici à 2022.

 

Selon la dernière analyse du bureau d'études Smithers Rapra, expert mondialement reconnu en matière de pneu et de plastiques, citée par le journal Les Échos, la demande pour des pneus plus écologiques devrait augmenter dans les prochaines années en raison d'une législation toujours plus stricte et de la pression qu'elle exercera sur les constructeurs automobiles.

 

Par Didier ROUGEYRON, journaliste