L'augmentation des taxes sur les carburants, les scandales à répétition, le diesel en disgrâce en Europe ou les menaces d'interdiction des véhicules thermiques en centre-ville témoignent que l’automobile traverse une zone de turbulences sans précédent. Et désormais l'UE veut baisser de 35% le CO2 automobile d'ici 2030.

 

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La justice berlinoise a ordonné une interdiction de circulation pour la majorité des véhicules diesel
sur d’importants axes de la capitale allemande Source : ResoneTIC/pixabay.com

 

 

Profondément préoccupés par le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), les ministres de l'Environnement de l'Union européenne, réunis à Luxembourg ont convenu le mardi 9 octobre de fixer comme objectif une réduction de 35% des émissions de CO2 des voitures et utilitaires, d'ici à 2030, par rapport aux niveaux de 2021.

 

 

Le tribunal de Berlin a exigé le même jour que la municipalité interdise la plupart des véhicules diesel sur plusieurs axes de la capitale allemande. Les véhicules diesel de normes Euro 0 à 5, soit ceux de plus de trois ou quatre ans, ne pourront plus emprunter un périmètre du centre élargi de Berlin (15 kilomètres de rues) à compter du 1er avril 2019, a indiqué le tribunal administratif berlinois dans un communiqué. La presse allemande estime que cette interdiction pourrait concerner environ 200.000 automobiles. La question du diesel est évidemment très politique en Allemagne où le secteur de l'automobile représente environ 800.000 emplois.

 

 

Cette décision vient aussi s'ajouter à une longue liste de mesures, non seulement en Allemagne mais également dans d'autres villes européennes pour éloigner les voitures des axes centraux, comme à Madrid, Rome et Bruxelles.

 

 

35 millions d’euros au bénéfice de la qualité de l’air

 

En France, les élus de treize agglomérations se sont engagés le 8 octobre, au ministère de la Transition écologique, à mettre en place ou à renforcer avant fin 2020, des zones dites à faibles émissions (ZFE). C’est le cas pour Paris et sa Métropole (130 communes), Grenoble et sa banlieue, Marseille, Nice, Aix, Lyon, Toulouse, Strasbourg, Reims, Rouen, Clermont-Ferrand, Montpellier et Toulon.

 

« Cela représente 20 millions d’habitants, voire 23 millions avec les aires urbaines. (Soit) plus du tiers de la population française », explique-t-on au ministère de la Transition écologique. L’Etat va accompagner les quinze agglomérations qui s’engagent dans le dispositif. Une enveloppe de 35 millions d’euros a justement été débloquée à cet effet.

 

« Nous allons réduire la charge qui va peser sur les collectivités pour mettre en place la vidéo verbalisation sur les zones cibles », indique encore le ministère de la Transition écologique. Autrement dit, une caméra pourra automatiquement lire la plaque d’immatriculation et interroger le fichier central afin de déclencher des poursuites le cas échéant. 

 

Selon le gouvernement, ces mesures pourraient aider le pays à échapper à des sanctions de la justice européenne pour non-respect des normes de qualité de l'air. L’objectif final des pouvoirs publics est de ne plus avoir à constater le moindre dépassement de seuil dans une agglomération française en 2022.

 

La réputation de l'industrie automobile, entachée par des scandales à répétition sur le trucage des émissions de CO2 notamment (dieselgate) depuis 2015, est donc en pleine zone de turbulences. Ainsi, les ventes d’Audi en Europe ont chuté de 56 % au mois de septembre, en raison des difficultés rencontrées par la marque pour faire homologuer ses modèles en cycle WLTP. Audi est aussi accusée d’avoir trafiqué ces dernières années les numéros de série de certaines de ses voitures non conformes aux normes environnementales pour pouvoir les exporter en Corée du Sud…

 

Cela fait beaucoup. Et pourtant aujourd’hui l’automobile reste populaire comme en témoigne la forte participation du public au Mondial de l'auto et les requêtes via Google du « Paris Motor Show » qui ont vu une montée en puissance durant tout le mois de septembre 2018. Google France annonce un pic de recherche durant le Mondial (la comptabilisation des requêtes étant arrêtée au vendredi 5 octobre) de + 2 200 %. Par rapport à l’édition 2016, cette hausse s’établit à 1500 %.

 

Si la voiture et la technologie fascinent toujours, nos sociétés surinformées sont peut-être moins disposées à leur ouvrir une voie royale.

 

Sources : CCFA, journalauto.com, Les ECHOS, Challenges, Le Figaro, Le Monde

 

Par Didier ROUGEYRON, journaliste