Face à la Chine, l’UE manque encore d'une direction et d'une volonté commune. C’est ce qu’a in fine regretté Bruno Le Maire, le ministre français de l’Economie qui a appelé cette semaine les industriels européens à unir leurs efforts en matière de batteries pour les véhicules électriques. 

 

 

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« La 3008 Hybrid de Peugeot » © Automobiles Peugeot

 

 

Bruno Le Maire a exhorté mardi les industriels européens à faire "converger" leurs efforts en matière de batteries automobiles électriques.

 

 

Le ministre français de l'Economie qui regrette le manque de coordination des politiques industrielles européennes sur ce point en particulier, a exprimé la nécessité, selon lui, de défendre la « souveraineté technologique » de l’Union européenne face à la concurrence de la Chine. "L'idée de faire une filière de l'industrie automobile électrique avec des composants uniquement asiatiques, ça n'a aucun sens", a déclaré M. Le Maire à l’occasion d'une rencontre avec des responsables de PME du secteur automobile, lors de sa visite récente au Mondial de l'Automobile à Paris.

 

L’attitude de l’Allemagne et de ses constructeurs automobiles qui semblent faire cavalier seul sur le sujet en se rapprochant de l’industriel chinois CATL est clairement montrée du doigt.

 

« Le gouvernement allemand a investi 6 milliards d'euros pour la formation de sa propre filière technologique. On ne doit pas être chacun de son côté, il faut être capable de converger. Sinon, les constructeurs n'auront d'autre choix que de se fournir en Chine. C'est une grande partie de la chaîne de valeur qui risque de s'y déplacer », a-t-il ajouté.

 

L’Airbus des batteries a du lithion dans l’aile

 

 

Il faut se rappeler que la CE avait tenté d’associer les constructeurs automobiles et les grands groupes du secteur de la chimie pour accoucher d’un géant européen, fabricant de batteries destinées aux voitures électriques, en reprenant le modèle de ce qui a été accompli dans l’aéronautique avec Airbus. Cet « Airbus des batteries », appelé projet Northvolt, a même été approuvé par la Banque européenne d’investissement à hauteur de 52,5 millions d’euros (65 millions de dollars) en février 2018. Son objectif est l’installation d’un site pilote en Suède qui constituerait la plus importante usine européenne de cellules de batteries lithium-ion.

 

Le groupe PSA, en avril 2018, avait décidé d’apporter « avec enthousiasme »  son soutien à ce projet. « Nous avons un intérêt stratégique à éviter une concentration de l’offre en Asie », avait ainsi déclaré Carlos Tavares, patron de PSA, devant les membres de la commission des affaires économiques du Parlement français. Il faut "créer un champion européen de la batterie", avait-il insisté.

 

Les batteries représentent 40 % du coût d'une voiture électrique et le retard pris par les pays européens dans ce secteur est préoccupant, voire même significatif d’une incapacité à agir collectivement dans un monde qui accélère sans cesse.

 

 

A l’heure actuelle, le secteur est en effet dominé par des entreprises telles que les Coréens LG Chem et Samsung, le Japonais Panasonic ou encore le Chinois CATL. Ce dernier devrait donc permettre aux industriels allemands de se doter de cette technologie clé, à partir de la « mega usine » d’Erfurt dans l’Est de l’Allemagne.

 

"Il faut que l'Allemagne puisse travailler main dans la main avec nous là-dessus, parce que sinon on risque fort d'être obligés de se fournir en batteries chinoises sur étagère", a prévenu Bruno Le Maire. Autrement dit renoncer à la « souveraineté technologique » de l’UE une bonne fois pour toutes.

 

Sources : AFP, ccfa, Le Point, leblogauto.com

 

Par Didier ROUGEYRON, journaliste