0 Replies Latest reply on Oct 2, 2014 8:11 AM by Bénédicte Meurisse

    Vitesse : les atouts du vélo

    Bénédicte Meurisse

      Le vélo, sous ses diverses formes, est de plus en plus performant en termes de vitesse. Mais il ne saurait valablement concurrencer les autres modes de transport, sinon la marche.

       

      En revanche, si l’on intègre dans le calcul de la vitesse le temps nécessaire à l’acquisition et à la maintenance (vitesse généralisée), le vélo reprend pied dans la compétition. Et si l’on intègre dans le calcul de la vitesse le maintien de la forme physique et le nombre d’années gagnées (vitesse globale) alors le vélo peut même se révéler plus « rapide » que la voiture.

       

      Alors que le vélo rencontre à nouveau de l’intérêt, les travaux d’experts de la mobilité soulignent son importance. Des experts qui sont favorables à son développement signalent, d’abord, combien les diverses formes de vélo diffèrent en termes de vitesse. Ils ne s’intéressent pas aux vitesses de pointe, qui sont fonction des aptitudes physiques, mais aux vitesses moyennes et aux distances parcourues. Le sujet n’est pas celui de la compétition, mais de l’usage quotidien possible en ville. Ainsi un vélo léger (dont le prix est tout de même deux à trois fois plus élevé que celui d’un vélo classique d’entrée de gramme) permet de parcourir 50 % de distance en plus. Les VAE (vélos à assistance électrique) permettent de parcourir une distance double. Il en va de même pour les vélos couchés (qui autorisent moins de prise au vent tout assurant une poussée plus efficace sur les pédales). Ces nouveaux vélos ne sont pas des bolides, mais ils changent la nature du déplacement en proposant des rayons d’action plus longs (fonction de la vitesse moyenne et de la condition physique).

       

      Bien entendu, ces avancées technologiques ont leur rôle pour communiquer autour du vélo. Les experts ont d’autres idées, plus importantes. Comme en comptabilité on calcule des coûts complets, en mobilité on peut calculer des vitesses complètes. Le défi, en l’espèce, est de savoir ce que l’on place au dénominateur. Au numérateur, on trouve une distance. Au dénominateur, il faut placer un temps. Si ce temps est le seul temps nécessaire au parcours, alors le vélo, en général, est largement dépassé par la voiture. Mais cette évidence est à relativiser. En zone dense, souvent embouteillée, le vélo serait plus efficace que la voiture. Dans Paris, il serait même plus efficace que le métro si le recours au métro nécessite un changement de correspondance.

       

      Mais il ne s’agit que d’évidences. Il est d’autres manières de calculer la vitesse. La vitesse généralisée est une entrée assez classique. En 1973, Ivan Illich affirmait que l’Américain moyen consacrait plus de 1 600 heures par an à sa voiture, pour se déplacer ou pour gagner l’argent lui permettant d’utiliser sa voiture, le tout pour parcourir 10 000 kilomètres. Résultat de ce calcul classique de vitesse généralisée : 6 kilomètres à l’heure. L’automobiliste n’irait finalement guère plus vite qu’un piéton et bien moins vite qu’un cycliste. Ce constat et ce calcul inattendus sont devenus familiers, même si le résultat est devenu rapidement faux. En effet, à mesure de l’augmentation du niveau de vie et du salaire horaire, l’acquisition d’un véhicule motorisé est devenue de moins en moins onéreuse tandis que les distances parcourues augmentaient. Certes, la baisse du pouvoir d’achat et l’augmentation du coût de l’énergie peuvent peut-être amener à un nouveau retour en grâce, dans ce calcul, du vélo, mais c’est surtout une autre méthode qui importe.

       

      Après les intuitions et innovations emmenées par Ivan Illich il y a une quarantaine d’années, ce sont désormais des calculs de « vitesse globale » qui sont faits. Le vélo engendre, en effet, d’autres économies de temps. Tout particulièrement, en contribuant au maintien de la forme physique, l’usage de la bicyclette permet de vivre plus longtemps. Des experts ajoutent par conséquent aux temps de déplacement en voiture non seulement le temps de travail nécessaire pour payer les déplacements, mais aussi les années de vie perdues en raison de l’inactivité physique ou bien les temps consacrés au maintien de la forme physique pour compenser cette oisiveté (footing, etc.). En rapportant les distances parcourues pendant la vie active à ce « temps global », on obtient une « vitesse globale » bien moindre que la vitesse généralisée. Et le vélo redevient plus rapide que la voiture.

       

      Il va sans dire qu’il s’agit là de calculs qui peuvent paraître sophistiqués voire tirés par les cheveux. Ils ont cependant toute leur puissance de démonstration et d’illustration. Et ils seront probablement appelés à se développer à mesure du retour en grâce du vélo.

       

      -------------------------
      Pour aller plus loin, voir également l’article de Frédéric Héran qui vient de paraître dans le dernier numéro de Futuribles : « Quel avenir, en France, pour le vélo utilitaire ? », Futuribles, n° 402, septembre-octobre 2014, p. 55-65.

      Sources : Illich Ivan, Énergie et équité, Paris : Seuil, 1973 ; Debouverie Yves et Dupuy Jean-Pierre, L’Automobile chronophage, Paris : CEREBE (Centre d’études et de recherches sur l’économie du bien-être), 1974 ; Héran Frédéric, Le Retour de la bicyclette. Une histoire des déplacements urbains en Europe de 1817 à 2050, Paris : La Découverte (coll. Cahiers libres), 2014.

       

      Par :    DAMON Julien 

       

      Source : Note de Veille - Futuribles